IXVII. S.] GRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 85
s’était retiré pour tenter une invasion en France et forcer leroi à renvoyer son ministre. Avant d’entrer en campagne,le duc d’Orléans eut soin de se faire précéder par un mani-feste fort remarquable qui était adressé au roi et au parle-ment. Le prince accusait Richelieu d’affreux déportements,de crimes exécrables ; il l’appelait prêtre scélérat et impie,puis il formulait ainsi ses principales accusations : « Sire, ce» tyran formidable force votre parole, dispose de votre seing,» de votre sceau et de vos armes malgré vous ; il dépense enw un jour six fois plus dans sa maison que vous ne faites dans» la vôtre; et pendant qu’il dévore deux cents millions arra-» chés aux peuples, voyez ce qui se passe dans le royaume.» Un tiers à peine de vos sujets mange du pain ordinaire ; un» autre tiers ne vit que de pain noir mêlé d’orge et d’avoine,» et le dernier tiers ne se nourrit que de glands, d’herbes» et de racines, comme les bêtes. J’ai vu ces misères et j’en» ai été effrayé ; mais ce qu’il y a de plus terrible pour votre» couronne, c’est que la noblesse se trouvera bientôt réduite» aux mêmes extrémités.
» Ne vous apercevez-vous pas qu’il dépouille les familles» nobles de leurs biens et de leurs privilèges, sous prétexte» d’augmenter votre pouvoir ; tandis qu’au contraire il tra-» vaille à agrandir sa propre puissance? Ne voyez-vous pas» qu’un nombre considérable de vos places se trouve sous» sa domination ; ne possède-t-il pas le comté de Brouage ,» les îles d’Oléron, de Ré, les villes de la Rochelle , de» Saumur, d’Angers, de Brest, d’Amboise, du Havre , de» Pont-de-1’Arche, de Pontoise et tant d’autres encore? N’est-il» pas le maître de la Provence, de la citadelle de Verdun ?