[XVII.S.] CRIMES DES ROIS, DES REINES et des EMPEREURS. 87
dinal somma le duc de faire incontinent passer le Rhin à sestroupes, s’il ne voulait voir la France arriver à Nancy avectoutes ses forces pour assister à la noce. Mademoiselle deMontpensier, fille de Gaston , qui fut plus tard connuesous le nom de la grande Mademoiselle, prétend dans sesmémoires que Richelieu-ne poursuivait le duc d’Orléans aveccet acharnement que pour le contraindre à épouser sa nièce,Madeleine de Yignerod, veuve de Combalet; « et quoique» bien jeune, ajoute cette princesse, je ne pouvais m’empê-» cher de pleurer dès qu’on me parlait de cette mésalliance,» et pour me venger, dans ma colère je chantais tous les» couplets que je savais sur les amours incestueux du car-» dinal et de sa nièce. »
Anne d’Autriche se montrait également opposée au mariagede Gaston et de Marguerite de Lorraine , mais par un motifdifférent. Voyant la santé du roi s’altérer de plus en plus,elle espérait que la mort de son mari lui permettrait d’épou-ser Gaston et de conserver par cette alliance scandaleuse letitre de reine ; aussi se rangea-t-elle du parti de Richelieu,pour l’emploi des mesures qu’il jugerait convenables deprendre dans cette circonstance. Néanmoins tous deux furentdéçus dans leurs espérances : l’armée de Lorraine , ainsique l’avait exigé le cardinal, entra en Allemagne ; mais Gas-ton, au lieu de la suivre, vint à la cour de Rruxelles, où ilforma un traité secret avec l’Espagne ; puis, quand il futassuré de la protection de l’infante, il revint à Nancy , où sonmariage avec Marguerite fut définitivement arrêté, par l’in-fluence de Puy-Laurens, un de ses courtisans, qui projetaitde son côté d’épouser la princesse de Phalsbourg , sœur aînée