[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 101
s’en prit à un pauvre jésuite, le père Caussin, qui s’était aviséde représenter au roi que les guerres perpétuelles entreprisespar son ministre ruinaient ses provinces, que Dieu ne pouvaitapprouver l’exil de la reine mère et les supplices des grandsde l’état, non plus que ses alliances avec des princes héréti-ques. Une lettre de cachet débarrassa Richelieu de ce rai-sonneur, et envoya le bon Père à Rennes , où ses supé-rieurs furent invités à employer son zèle dans les missionsdu Canada ; néanmoins ils obtinrent, comme grâce singulière,la faculté de le reléguer à Quimper -Corentin.
Un autre jésuite, appelé Monod, directeur de madameroyale Christine de France , femme de Victor-Aimé, duc deSavoie , et qui s’était associé aux projets du père Caussin,alla finir ses jours au fond de la forteresse de Miolans.
Mademoiselle de la Fayette, que le roi visitait toujours fortrégulièrement au parloir du couvent de la rue Saint-Antoine,sévit soumise à un espionnage continuel, par les religieusesmêmes de sa communauté, sur le simple soupçon qu’ellecherchait à indisposer le roi contre son ministre. La corres-pondance qu’elle entretenait avec le roi fut interceptée, et l’onglissa habilement dans ses lettres des expressions offensantespour le prince, qui réussirent sinon à les séparer, du moinsà refroidir leur intimité.
Richelieu n’employait pas seulement ce système de poli-tique machiavélique dans ses rapports avec Louis XII1,il l’appliquait encore à toutes ses relations avec les souverainsde l’Lurope pour les faire ployer sous sa volonté. 11 faisaitarrêter et dévaliser les courriers pour surprendre les secretsdes cabinets; il poussait à la fois Wallenstein à la révolte, et