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[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 151

sourdement la France à son profit. Pour en venir à ses finsen toute sécurité, il mit à la tête des provinces des espècesde préfets appelés intendants qui étaient chargés de la justice,des finances et de la police ; puis il éloigna doucement desaffaires Anne d’Autriche , afin de n’avoir à partager avecpersonne le fruit de ses spoliations. La reine, qui n’ignoraitpas que Mazarin avait la connaissance de tous ses secrets,n’osa pas même entreprendre une lutte avec lui ; elle se rap-pela le sort de Marie de Médicis morte dans la misère àCologne , et courba docilement la tête.

Pour le roi, son éminence s’était assuré sa soumission laplus absolue par deux moyens-, d’abord par la crainte, en luirévélant l’existence mystérieuse de l’enfant d’Anne d’Au-triche et du duc de Buckingham soustrait à tous les yeux,mais qu’il était làcile de faire reparaître; ensuite par l’attraitde la débauche, en se faisant son pourvoyeur et en lui prosti-tuant ses propres nièces, qu’il avait déjà déflorées.

Anne d’Autriche , voyant les passions du jeune roi se déve-lopper, voulut, à l’exemple du cardinal, prendre de l’in-fluence sur son fils en favorisant ses penchants à la volupté,et chargea la Beauvais , sa première femme de chambre, delui proposer en son nom de l’introduire la nuit dans l’appar-tement des filles d’honneur. Mais la dame de Beauvais trou-vant le roi disposé à sacrifier sur son autel, ne remplit qu’àdemi les intentions d’Anne d’Autriche , le reçut dans sapropre chambre et devint sa maîtresse. Cette liaison ne duraque peu de temps; sa majesté se fatigua de la dame, en fit unebaronne, lui donna plusieurs terres, et revint plus amoureuxque jamais aux nièces du cardinal.