[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 223
misérable commit de telles atrocités, exerça des actes d’unebarbarie si effroyable, qu’il mit le comble à l’exaspérationqui régnait dans les provinces méridionales. A leur tour, lescalvinistes se formèrent en bandes, et sous le nom de Cami-sards usèrent de représailles, poursuivirent les catholiques,pendirent les prêtres, les moines, les dragons, tous les sup-pôts ou les instigateurs de la persécution. Bientôt le succèsaugmenta leur audace, et ils ne craignirent pas de se me-surer avec les armées du grand roi. D’abord peu nombreux,ils ne purent faire la guerre qu’en partisans; ensuite leursbandes s’étant recrutées, ils livrèrent de véritables combats,et forcèrent leurs ennemis à battre en retraite.
Sa majesté, fatiguée de voir la guerre se prolonger indéfi-niment, s’en prit au maréchal de Montrevel, lui retira son ^gouvernement et le donna à Villars. Celui-ci vint dans leMidi , et se déshonora en faisant le métier de prévôt, d’ar-cher et de bourreau ; il poursuivit à outrance les Cami-sards, les attira dans des pièges, se servit tout à la fois desmoyens de rigueur et de la trahison pour les affaiblir, lesdiviser, les anéantir; il poussa l’infamie jusqu a faire donnerdes rendez-vous d’amour aux chefs des réformés par desfemmes nobles, alin de pouvoir les saisir sans défense; ilfit plus encore, il publia un édit d’amnistie, promit à tousceux qui se soumettraient la vie sauve, l’autorisation devendre leurs biens et de se retirer en pays étranger; il indi-qua même une vaste plaine où devaient se réunir les Cami-sards disposés à accepter ses propositions; puis, au milieude la nuit, il fit avancer ses troupes, cerna la plaine oùcampaient les protestants, la plupart sans armes, confiants