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HISTOIRE DES PAPES.
[ 1774 .]
ployèrent pour en venir à leurs fins. Une dame de la Sabine,toute dévouée aux loyolistes, avait dans son jardin un arbrequi produisait les plus belles figues de Rome ; les révérendsPères, sachant que le pape aimait beaucoup ce fruit, déci-dèrent la dame à se déguiser en paysanne, et à venir pré-senter ses figues à frère François. La dévoie renouvela sonmanège plusieurs fois, parvint à gagner la confiance dufranciscain, et un jour elle lui glissa dans un panier une figueplus grosse que les autres et dans laquelle on avait injectéun poison subtil, appelé aquetta. Jusqua cette époque lesaint-père avait joui d’une santé parfaite; il était bien con-stitué , quoique d’une taille ordinaire ; sa voix était sonoreet forte; il marchait avec l’agilité d’un jeune homme, et toutchez lui faisait présager une longue vieillesse.
A partir de ce jour la santé de Clément XIV dépérit d’unemanière extraordinaire; on remarqua avec effroi que sa voixs’affaiblissait sensiblement. A ces premiers symptômes demaladie se joignit une inllammalion dans la gorge tellementviolente qu’elle le forçait de tenir continuellement la boucheouverte; puis des vomissements succédèrent à l’inllamma-tion, avec accompagnement de douleurs dans les entrailles ;enfin, le mal augmentant d’intensité, le saint-père compritqu’il était empoisonné. Il voulut faire usage d’antidotes, maisil était trop lard, le mal était sans remède, et il dut assisterà la décomposition de tout son être. Pendant trois mois quedura sa terrible agonie, son courage ne se démentit pas unseul instant; un jour seulement, après une crise plus violenteque toutes les autres, il s’écria : « Ilélas! je savais bien qu’ils« m’empoisonneraient, mais je ne m’attendais pas à mourir