[XVIII. s. j CRIMES des ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 147
détruisaient les moulins; et quand elles avaient fait leur coupdisparaissaient comme par enchantement sans que les trou-pes pussent les joindre. A Pontoise , à Saint-Germain, à Ver-non , ces forcenés parurent en nombre , conduits par deschefs masqués et habillés en femmes, et après avoir commisde grands dégâts, descendirent jusqu’à Versailles et péné-trèrent dans les avenues du château.
Marie-Antoinette , qui n’était point étrangère à cette hi-deuse comédie, feignit d’éprouver une grande frayeur de cesdémonstrations, et voulut que le roi se montrât à son balconpour calmer l’agitation et fît la promesse de supprimer l’éditde la libre circulation des grains. Néanmoins l’arrêt ne futPas révoqué. Turgot éclaira le roi sur les causes réelles de lasédition et dénonça les instigateurs de ces machinations, qui^étaient rien moins que des princes de sa famille. Cesmisérables vagabonds furent dispersés par la force desarmes; plusieurs d’entre eux furent même arrêtés; mais onles relacha bientôt pour ne pas avoir à informer contred’illustres coupables qu’ils avaient dénoncés. Telle fut l’issuede ces troubles, que les historiens décorent du nom deguerres de la farine.
Les impressions causées par ces événements furent promp-tement elfacées par la grande nouvelle du sacre de Louis XVI ,cérémonie qu’on avait différée jusqu’alors à cause de la dé-tresse du trésor royal. Sa majesté reçut l’onction et la cou-ronne des mains du cardinal de la Roche-Aymon, archevêquede Reims , qui eut l’audace de lui faire prêter le serment d’ex-terminer les hérétiques, et de comprendre au nombre de cesderniers tous les disciples des philosophes. Ce misérable ec-