SucTioy
III.
Histoiredes Chî-riFs leMaroc.
Cr mutés
tri à cePrince.
266 HISTOIRE MODERNE
Abdalla ne fe vit pas sitôt rétabli fur le trône qu’il se livra à ses premiereôfureurs. La ville de Mequinez se ressentit la premiere de sa cruauté; tou-te la Garnison eut par son ordre la tête coupée , & le plus jeune des fils duGouverneur fut étranglé; son pere, qui avoit prévu forage, s’étant tué,après avoir égorgé fa femme & ses en fans, pour ne pas tomber au pouvoirdu Tyran. Abdalla mit ensuite la ville au pillage, & fit raser la Citadelle,... , h tout parceque les habitans avoient été contraints, peut-étre malgré eux, de
Tis/lenai recevoir son Rival dans la ville, dont ils avoient même selon les apparen-nca. ces éprouvé le ressentiment, lorsqu’il ne trouva pas les trésors dont il fe fluttoit.Mais ce font - là des considérations auxquellesles meilleurs Princes n’ont au-cun égard fous ce Gouvernement absolu, & qui étoient de bien moindrepoids encore dans l’esprit d’un Tyran tel qu 'Abdalla.
LcGíniral Ls Général des Negres, loin d’être détourné par ces cruautés de son pre-áuNegres mier projet de chasser Abdalla du trône, renouvella son ancienne plaintetrahitfli- q Ue ce Prince en vouloit à sa vie, & représenta la nécessité de donner lacouronne à Sidi autre Prince de la Famille Royale, pour délivrer l'Em-pire d’un monstre d’ingratitude & de cruauté. II se flatta que dans lafermentation où étoient les esprits , non seulement les Negres, maisles Maures prendraient parti pour lui. Mais à fa grande surprise ilse vit trompé dans son attente, au-lieu qu 'Abdalla, sur le premier avis deses rnouvemens, eut recours à son premier expédient; il gagna les Noirs ùforce de préscns, & pour prix de leur réconciliation avec lui ils consentirentà lui livrer leur Général. Cet infortuné Officier, se voyant trahi par ses pro-pres troupes, crut trouver un asyle dans la Religion ou la Superstition deces Peuples ; il fut présenté à Abdalla couvert du drap qui étoit sur letombeau d’un Saint fort révéré. Bìen-qu ’Abdalla ne fût pas aussi dévot quèson pere Muley Ismaël, il ne laissa pas de baiser respectueusement le drap,& l’ayant ôté de dessus le Général il lui enfonça fa lance dans le sein,& demanda une coupe pour boire de son sang. II l’auroit fait , íì son pre-mier Ministre ne lui eût représenté que cela ne convenoit pas à fa dignité;mais que ce qu’un Roi ne pouvoit pas faire convenoit bien à un siijet, &du consentement à'Abdalla il but une coupe pleine du sang de ce malheureux.Atrèc étoit un modèle de vertu en comparaison de ces monstres (a).
La mort de ce Général ne dissipa pas toutes les inquiétudes $ Abdal-la , bien moins calma-t-elle les rnouvemens que ses cruautés excitaientpar tout l’Empire. Le peuple espérait toujours que Sidi, qui avoit unpuissant parti à Fez , pourrait par quelque heureuse révolution lui enle-ver la couronne; joint à cela qu’il y avoit un mécontentement généralparmi les Noirs, pareequ’ils ne voyoient pas d’apparence qu 'Abdalla pûtleur payer les grandes sommes qu’il leur avoit promises, <Sc que mêmeil ne leur payoit pas leur solde ordinaire, qui est tout ce qu’ils ont pourvivre. Cela les détermina à entretenir des intelligences secrettes avec lespartisans de Sidi à Fez. Abdalla , qui en fut instruit, résolut d’étousser larévolte dans sa naissance. Ayant assemblé le plus de troupes qu’il put, il
alla
Nouvelles
Révolu-
tions.
(a) Iliítory of Earbary, p. 34 p.