DE BARBARIE. Liv. XXI. Chap. III. 327pes furent aussi traitées avec beaucoup d’amitié & de générosité. Le Pi- SncnoMrate enflé d’une réception si extraordinaire, & des grands égards qu’on V.avoit pour lui, conçut !e perside dessein de s’emparer d’Alger & de sonterritoire , & de s’en rendre Souverain. Sa feule crainte fut, qu’une la
lâche trahison ne refroidît ses Turcs & ses Maures, que les autres ne voulus- fn du set.sent pas en être complices, & même qu’ils ne révélassent son projet à Se- ziemi fie.lïm , & ne l’abandonnassent à son ressentiment. II commença donc par com - cle -muniquer son projet à ses principaux Officiers, qui y applaudirent, & lui pro- "mirent de l’assister & de garder un secret inviolable.
En attendant les soldats de Barbcroufsc en agissoient avec toute l’infolen- Smìngraice possible dans la ville & à la campagne, commettant impunément les plus iitUsl * e *‘grands excès, parceque les Algériens n’osoient ni n’étoient en état de s’y ^’/iens.//opposer. Barbcronjse de son côté fermoit les yeux sur la conduite de ses fol- h luc £ U ’ te .dats, & les encourageoit même fous main, persuadé que cela donneroit lieu 1117, & Jeà des troubles dont il prositeroit pour exécuter fa trahison. En attendant Jaitprocia-,pour tromper mieux les Algériens, ce Pirate fit dresser une batterie de ca- ^seeu110ns à la Porte de la Marine, vis-à-vis du Fort des Espagnols, à la diílan- ‘ bce environ de cinq-cens, ou selon d’autres de trois-cens pas (a). II le fitbattre inutilement pendant un mois, parceque le canon étoit trop petit ,&ilremit son expédition à un autre tems. En tout cela il se conduisit avec tantde hauteur, sans prendre avis du Prince Selim & fans faire aucun cas delui, tandis que ses soldats traitoient les habitans avec une tyrannie brutale,que les Algériens ne purent plus douter de son dessein , & se plaignirent sipubliquement de sa perfidie, qu’il eut tout sujet de penser qu’ils tente-roient bientôt de s’opposer de tout leur pouvoir à ses vues. II résolut de lesprévenir, d’ôterlavie au Prince Eutemy , de se faire proclamer Roi par sestroupes, & reconnoître de gré ou de force par les habitans (*) ; ce qu’il
(«) Comparez Tajfy p. n. avec Morgan p. 236.
ex-
(*) Un Auteur de notre tems ajoute que ce qui contribua à faire hâter l’exécution decette barbare entreprise, c’est la passion que Brvbstoiff: avoit conçue pour la belle Za-phirn, femme du Prince lìntemy. 11 nous apprend qu’il a tiré cette anecdote (iì d’u nManuscrit en velin, qui est entre les mains d’un célébré Marabout, qui prétend descen-dre de la famille de cet infortuné Prince. Voici en substance J’Hisloire. La Princesse ayant;rebuté avec indignation l’assassin de son mari, 6c le tyran qui avoit réduit le Royaumed’Alger en esclavage, sa passion n’en devint que plus violente,& il prit la résolution d’u-fer de force avec Zaphira, & ia menaça de ne la plus ménager. La Princesse, qui re-douta alors fa premiere visite, mit un poignard fous fa robe, 6c prépara une dose d’un>violent poison, dans le dessein de lui percer le cœur, ou de fe donner la mort si elle mnn-quoit son coup. Le lendemain Barberouffe se rendit dans fa chambre , il fit sppeller tou-tes les femmes de Zaphira , 6c les ayant enfermées fous la clef, il entra auprès de !a Prin-cesse, qu’il trouva assise fur son sofa, les larmes aux yeux, & le cœur pénétré de dou-leur. 11 employa d’abord la douceur pour la porter á fe rendre, mais lui ayant répondu»de la maniéré- la plus outrageante, il ne garda plus de mesures & fe jetta fur elle. CetteHéroïne fe saisit du poignard qu’elle avoit ,& tâcha de le lui plong< r dans le cœur. Maisle Tyran ayant paré le coup, ne reçut qu’une blessure ru bras. II la laissa un moment pourbander saplaye, 6c appella un de ses Gardes pour désarmer Zaphira , bien déterminé à
la
( Jy>, Préface de son Histoire du Royaume d’Alger»