DE BARBARIE. Liv. XXI. Cmp. 111.
liais ; il ne sut pas plutôt que Gascon , le Chef & l’Auteur de I’entreprise Sncrin ■>étoit en sa puissance , qu’il appareilla d’abord pour Alger , s a ns s’embar- V. Krafler du reste, Jugeant bien qu’il ne pouvoit amener au Bacha un prisonnier Histoirequi lui fît plus de plaisir. «’AIger
, Aussitôt que Mahamed l’eut entre ses mains, íi ordonna qu’on dressât un&^ífgibet fort haut dans l’endroit même où Gascon avoit pris terre , & de Yyzímependre par les pieds à un crochet , afin de le faire mourir dans les pluscruels tourmens; outre .cela, pour témoigner son ressentiment & son méprispour le Roi d’Efpagne, il donna ordre d’attacher fa commission aux orteilsdu prévenu. La sentence fut exécutée de point en point ; les Turcs irritésapplaudirent hautement à la sévérité du Bacha, tandis que Je prisonnier, ditnotre Auteur (<j) , souffrit cet horrible supplice ,avec la patience & la con-stance d’un Martyr ; car il le regarde comme tel.
11 n’y avoit guere encore qu’il souffroit, lorsque Délit Rais , le Capital- Remm-ne Renégat qui l’avoit pris ,, vint trouver à la tête des autres Capitaines trames e nCorsaires le Bacha ; il lui représenta dans les termes les plus forts, combien ^ íayeuril y avoit d’injustice & de cruauté à condamner des prisonniers de guerre àde si étranges supplices ; & que c’étoit le vrai moyen d’engager les Efpa-gnols & leurs autres ennemis à user de représailles, ensorte qu’ils pourroientun jour ou l’autre avoir le même fort , à moins qu’il réordonnât fur lechamp qu’on détachât !e prisonnier , & que l’on en prît soin ; ils ajoutè-rent, qu’à l’égard du projet qu’il avoit formé contre eux , il n’y avoit rienen cela que ce qu’une Nation pratiquoit contre l’autre , & que ce qu’eux-mêmes seroient prêts d’entreprendre contre un ennemi quelconque, s’ils le
pouvoient.
Ils engagerent enfin par ces raisons & par d autres du même genre le Ba- Iiest fat-vicha à leur accorder ce qu’ils demandoient. Gascon fut non seulement des- & '«fritecendu du gibet mais porté dans le Bagne Royal, où les Chirurgiens dire - exietu ^tiens prirent foin de lui , & où tout le monde alla le voir par curiosité.
Mais il paroît que fa destinée n’étoit pas d’échapper à si bon marché. Lepeuple murmura si haut, que le Bacha se repentit de sa condescendance- àpeine y avoit-il deux jours qu’on J'avoit sauvé du supplice , qu’il vint desMaures, qui disoient arriver d’Espagne, & qui affuroient, soit avec véritésoit faussement, qu’on y croyoit & qu’on y disoit généralement, que ksAlgériens n’oseroient toucher à un cheveu de Gascon , de peur que la Flotte Chré-tienne ne vint abîmer leur ville. Le trop crédule Bacha en fut fl irrité qu’iidonna ordre qu on arnenat le malheureux Gascon, & qu’avec une poulie onle montât au haut du mur de la ville , & qu’on le précipitât sur les crocs;heureusement pour lui, il y tomba sur le ventre, ce qui le blessa si mortel-lement qu’il expira sans jet ter un cri. Le ressentiment du Bacha ne se bornapas à cela , il ordonna de pendre le corps à la muraille pour inspirer de laterré r, & ce cadavre y resta , jusqu’ à ce qu’étant en partie consumé,quelques Esclaves se hazarderent de l’enlever pendant la nuit, & I’enterrerentsecrettement dans le Cimetière des Chrétiens, qui est hors de ia porte oc-
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