IV
AVERTISSEMENT
bals, il n’eût invité les auteurs à former une académiedramatique.
Les Académies, en rapprochant des hommes quis’estiment, adoucissent souvent les aspérités du ca-ractère, dissipent des préjugés que la diversité desopinions engendre quelquefois entre des hommes quine se sont jamais vus ; elles font naître de l’amitiéentre leurs membres , les engagent à se rendre justiceet à se faire valoir mutuellement.
Les meilleurs esprits , fatigués des dégoûts qu’ilséprouvaient en travaillant pour la comédie française ,de la perte du temps qui s’écoulait avant qu’on pût ouqu’on voulût jouer leurs pièces, cherchèrent d’autresoccupations ; les uns abandonnèrent entièrement lascène française. Piron porta ses talents à la farce ditethéâtre italien ; Le Sage , et d’autres auteurs, suivirentcet exemple.
Un misérable théâtre de la foire acquit de l’impor-tance , et s’éleva par les travaux de quelques hommesdont les talents auraient fait, et ont fait même quel-quefois , honneur à la scène française.
Favart mit de la régularité et de l’intérêt dans cethéâtre forain 5 Sedaine en augmenta la force et lecharme ; Marmontel y ajouta de l’énergie. Insensible-ment ce théâtre prit une marche dramatique, pénétradans la capitale, s’y domicilia, et devint enfin un ri-val doublement redoutable pour la comédie française.
Je dis doublement redoutable, car il leur enlevait debons auteurs, et empêchait qu’il ne se formât de bonsacteurs.