X AVERTISSEMENT
utile à ses grandes négociations et au progrès de l’es-prit humain.
Il doit donc appréhender tout ce qui tend à détério-rer l’idiome ; cet idiome dans lequel on a chanté envers si magnifiques le passage du Rhin, les bataillesd’Ivry , de Fontenoy, de Lawfelt , et destiné à célé-brer un jour, dans des vers plus sublimes, les ba-tailles plus mémorables des Pyramides, de Marengo,d’Austerlitz, d’Jena, d’Eylau, de Friedland, rem-portées dans tant de climats divers, et qui ont porté'les aigles françaises dans des contrées où l’aigle ro-maine n’a jamais étendu son vol.
Quel héros, quel Fiançais ne serait pas jalouxde conserver la langue du prince et des vainqueursqui ont opéré tant de prodiges ! Et lorsque les versde Corneille, de Racine, de Voltaire , ont élevé legénie à une telle hauteur, accoutumé l’oreille à l’har-monie, l’esprit à bien juger, les auditeurs à se bienexprimer, à ne tolérer ni phrases louches , ni motimpropre, quel homme sensé ne verrait pas avecchagrin tout ce qui tendrait à dégrader le goût et'le langage , à rabaisser l’esprit, à substituer le gra-cieux au sublime, de petites compositions aux grandesconceptions du génie; et ne s’affligerait pas en voyantl’opéra comique et les petits théâtres envahir la ca-pitale et les provinces, y porter le mauvais goût, yfaire revivre les expressions vicieuses, et corrompre:à la fois le style, la langue et les mœurs ? Le grandopéra était moins dangereux. Quinaut et Jean-JacquesRousseau ont parlé purement.