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s’accoutumèrent aisément à la douceur du Monarque Anglois.Les deux Nations s’uniíToient insensiblement par le mêmelangage, les mêmes mœurs, les mêmes Loix ; 8c tout vestigede différence entr’eux va bientôt disparaître sous le Gouverne-ment de Guillaume, qui, en introduisant un peuple étranger,acheva d’effacer Fancienne distinction sous la nouvelle.
Edouard prépara en quelque forte lui-même par fa foiblesse8c par son défaut de politique cette révolution prochaine. Élevéen Normandie, il tenoit à ses anciens amis, aux liaisons de fajeunesse ; il en avoir pris le langage 8c les mœurs. La Cour dunouveau Roi se remplit de Normands; Fascendant de la poli-tesse 8c de la langue françoise, qui avoir déja poli les Nor-mands, assez pour leur faire traiter les Anglois de barbares,fe faifoit déja sentir ; 8c les Anglois qui espéraient devenir enfinles premiers citoyens de leur Patrie , virent encore leur espé-rance trompée, 8c en conçurent une juste jalousie. Ils possé-doient les emplois civils 8c militaires ; mais les dignités Ecclé-siastiques étoient conférées aux Normands : 8c la confiance duMonarque imprudent penchoit pour eux 8c se montrait sansréserve. Le Normand Robert occupoit le siège de Cantorbéry, &dominoit à la Cour Fesprit d’Êdouard.
Godwin ne pardonna pas cette préférence à un Roi qu’ilne pouvoit aimer, 8c qui ne cessa de le haïr. Le mariagede fa fille, premier lien de leur réconciliation apparente, neservit qu’à nourrir leurs ressentimens : Édithe , avec tout cequi pouvoit gagner un cœur, ne put jamais gagner la con-fiance de son mari , qui ne vit jamais en elle que la filled’un sujet odieux 8c redoutable pour lui ; 8c ces dispositionssecondèrent puissamment son ridicule vœu de virginité, tantvanté par les Moines de son tems. Un incident qui survint,manifesta la haine secrette 8c réciproque du Comte & duMonarque. Eustache, Comte de Boulogne, retournant de la