Band 
Tome III.
Seite
114
JPEG-Download
 

Histoire

114

pour la guerre, et sembloit être animé du désir de la ven-geance. Le même esprit f'erinentoit à la cour de Versailles.

La conduite insolente des agens de l’Angleterre , et leshostilités que commettoit journellement la marine an-gloise contre les vaisseaux françois, sous prétexte qu’ilsportoient des vivres et des secours à l’Amérique, alimen-toient de plus en plus les germes de haine , et le désird’humilier un orgueil aussi déplacé.

Le lord Storinont , ambassadeur d’Angleterre renouvel-loit,prodiguoit ses plaintes, et prenoit la modération ducabinet de Versailles pour de la timidité , et finit par s’ex-primer avec une chaleur si peu convenable , qu’un jour lecomte de Vergenne se crut obligé de l’interrompre en luiobservant que si ce qu’il venoit de dire étoit l’objet desa mission , il alloit en rendre compte au roi, et que lacour de Londres devoit être trop éclairée sur la dignitédes souverains , pour ne pas pressentir sa réponse.Cette fermeté inattendue le frappa ; pria le ministrefrançois de regarder comme non - avenu ce qu’il venoitde proférer. L’ambassadeur britannique s’apperçut alorsque le tems n’étoit plus où les Anglois bravoient impu-nément les grandes puissances de l’Europe.

Les choses étoient en cet état quand la nouvelle de ladéfaite du général Burgoine vint changer tout-à-coup lesdispositions et les desseins de la cour d’Angleterre. Ne pou-vant plus espérer de soumettre les Américains, elle désirase réconcilier avec eux pour déclarer la guerre à la France.Elle employa d’habiles agens pour rechercher et sonderles commissaires américains qui résidoient à Paris, et leurproposer la paix à condition que le congrès réuniroit sesefforts à ceux de l’Angleterre contre la maison de Bourbon;mais^ Vergenne sut gagner de vitesse; l’indépendance des