CHAPITRE I.
i3
et qui devaient les empêcher dès ce momentde consumer leurs forces les uns contre lesautres à l’avantage d’un ennemi commun.
Ces préoccupations, qui avaient agité Fré-déric au déclin de sa vie, n’étaient pas cellesde l’empereur Joseph II . Sans posséder lamême pénétration d’esprit ni la même recti-tude de jugement, il s’efforcait néanmoinsdémarcher sur les traces du roi de Prusse enqualité de réformateur et de conquérant.Assurément il serait injuste de refuser àce prince des talens remarquables et le dé-sir de les employer à foire le bonheur deses peuples; mais il arrive souvent chezles souverains que le talent et même lavertu, s’ils en font usage sans avoir égardaux temps et aux circonstances, devien-nent le malheur de leur administration. Ilarrive ordinairement aussi que les princesdoués de ces avantages personnels, se con-fiant dans leur propre habileté, préfèrent,à moins d’avoir été instruits à l’école sé-vère de l’adversité, ces favoris qui approu-vent et propagent leurs opinions à cesconseillers indépendans dont l’expérience