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par une troupe d'environ vingt mille soldats, bourgeois et paysans vénitiens .Depuis plusieurs jours, par ordre du sénat, on prêchait hautement dans leséglises l’extermination des Français . La proscription s’unit au sacrilège; carce fut pendant les cérémonies de la semaine sainte que I’esaro fit organiseret armer quarante mille paysans et dix mille Esclavons, pour détruire en mêmetemps les Français et leurs partisans; et dans Vérone , à la seconde fête dePâques , la cloche qui appelait les fidèles au service divin, appela aussi la po-pulation au meurtre des Français . Ils tombèrent impitoyablement massacréschez leurs hôtes, dans les rues, dans les hôpitaux. On donna la mort aux bles-sés; on n’attendit pas celle des mourants. Les postes placés aux portes furentsurpris. La garnison, trop faible pour tenter des sorties, et menacée d’un as-saut général, ne put opposer que le feu des forts où elle était enfermée. Plusde quatre cents Français périrent sans combat. Ce crime prémédité, exécutéfroidement, reçut un nom nouveau, qui l’associa à jamais à la plus grande so-lennité du christianisme : on l’appela les Pâques vénitiennes. A cet horrible at-tentat se joignirent une foule de forfaits semblables, commis à la Chiusa , à Casti—glione, à Chiari, à Velaggio , et dans les villes qui n’avaient pas proclamé leurindépendance. L’insurrection avait été combinée avec la marche du corps deLaudon, qui descendait du Tyrol, où il avait repris quelques positions sur lesFrançais , et que la signature des préliminaires arrêta subitement. Aussi ce futpresque sous ses yeux que la division de Victor, arrivant de Rome sous Vérone ,mit dans une déroute complète les huit mille Vénitiens chargés de défendre lesapproches de cette ville, afin de protéger les assassinats ordonnés dans l’intérieurde la place. Tout concourait à la perte de Venise , ses chefs politiques et seschefs militaires. Pendant que le sénat attendait avec impatience la nouvelle dela prise des forts de Vérone, un bâtiment français , venu sous le canon du Lidopour y chercher un refuge contre des bâtiments autrichiens, fut foudroyé parles batteries vénitiennes, et le capitaine Laugier fut tué sur son bord. Le sénat,par un décret, remercia le commandant du fort, et accorda une gratificationaux marins qui avaient pillé le navire français et égorgé l'équipage. De tellestrahisons ne devaient pas rester impunies : elles ne pouvaient être expiées quepar la destruction de l’aristocratie vénitienne, qui les avait prescrites. Le châti-ment suivit de près.
Dès qu’il apprit la signature des préliminaires, le sénat de Venise députa auDirectoire et au général Bonaparte , pour détourner la vengeance de la répu-blique française. Il offrit, à Paris et à Léoben , tout ce que peutolTrir, pour sonsalut, un gouvernement désespéré. Rien ne fut écouté au quartier-général deBonaparte : le sang des victimes criait trop haut pour permettre d’entendre leursassassins. L’heure fatale de Venise était arrivée. Libre du côté de l’Autriche ,Bonaparte ne songea plus qu’à aller punir Venise de toutes ses trahisons. Il an-nula de sa seule autorité la négociation que l’or des oligarques avait entamée à
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