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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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III ST0 I K K

impossible à l’ennemi. Il avait également négligé l'armement de la côte, qui eûtsi heureusement soutenu sa ligne d'embossage ; et, par une autre fatalité, il avaitenvoyé à terre une partie de ses équipages. A six heures, l’action s’engage parune violente canonnade; bientôt une partie de la flotte ennemie, doublant latâte de la ligne française, parvient à la couper et à jeter l’ancre entre la terreet nous, tandis que Nelson parcourt notre front avec le reste de ses forces.Deux bâtiments anglais échouent en exécutant ce plan hardi; mais notre centreet notre avant-garde sont placés entre deux feux. De part et d’autre on se batavec la dernière opiniâtreté. Au bout d’une heure , le Guerrier , le Conquérant,ont la moitié de leur monde tué, leurs canons démontés, leurs manœuvreshachées, leurs mâts brisés, et succombent tour à tour. La nuit arrive , et lesdeux partis n’ont plus, pour éclairer une bataille si acharnée, d'autres lu-mières que celle du feu de douze cents pièces de canon qui tonnent, et dont lacommotion agite la mer comme dans une tempête.

Dès le commencement de l’action, Brueys avait été blessé ; vers les huit heuresdu soir, il tombe renversé par un boulet. Gantheaume, son ami, veut le faireemporter. « Non, dit-il en lui serrant la main, un amiral français doit mourirsur son banc de quart.» Il expire au bout d’un quart d’heure. Au même instant,le capitaine de pavillon Casa-Bianca, ainsi que son capitaine de frégate, sontemmenés au poste des blessés. Malgré ces pertes, l’Orient redouble d’audace etd’intrépidité. Déjà plusieurs vaisseaux ennemis, criblés de ses boulets, ont étécontraints à la fuite. Le Bellérophon , qui leur succède, voit ses trois mâts abattuset perd la moitié de son équipage ; réduit à l’impossibilité de manœuvrer, levent l’entraîne sur notre arrière-garde, dont il reçoit toutes les bordées. Près decouler, les cris des Anglais annoncent qu’il se rend : si, dans ce moment, Ville-neuve eût coupé ses câbles et saisi l’occasion offerte, il s’emparait du Belléro-phon sans coup férir, dégageait l'Orient ainsi que les autres vaisseaux seuls auxprises avec l’ennemi, et changeait un revers prochain en une brillante victoire.Comme l’Orient, abandonnés à eux-mêmes, le Spartiate, le Peuple-Souverain ,l’Aquilon, combattent avec le même héroïsme et font un mal horrible aux An-glais , dont plusieurs bâtiments ne tirent plus. Mais à neuf heures et un quart,l’incendie éclate sur l’Orient : aucun effort ne peut éteindre les flammes au mi-lieu du carnage, au milieu de notre feu, qui continue malgré lesordres deGan-theaume; l’équipage se jette à la mer; une partie se noie, une partie se sauve :une demi-heure après, l’Orient, embrasé dans tous ses quartiers, saute en l’airavec un fracas qui jette les deux flottes dans la même stupeur. Malgré cetépouvantable désastre, les Français recommencent le combat : entre cinq et sixheures du matin, il redevient terrible; il dure encore à midi, et ne se terminequ’à deux heures, après la prise ou la ruine de presque tous nos vaisseaux.Villeneuve s’éloigna avant la fin de l’action, avec le Guillaume-Tell, le Généreux,et les frégates la Diane et la Justice, sansêtre poursuivi par l’ennemi, qui n’était