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vaut, Sieyes , qui savait bien à quoi s’en tenir, était tranquillcincnl, et commeà l’ordinaire, monté à cheval sous les yeux de Barras, qui se moquait de l'inha-bileté du nouvel écuyer, tandis que celui-ci parlait au pas pour se rendre, par larue du Bac, au Conseil des Anciens, où Roger-Ducos le suivit peu de tempsaprès. Cependant Barras, Gohicr et Moulins , croyant toujours représenter larépublique, firent appeler le général Lefebvre : il leur répondit par le décretqui le mettait, lui et la force armée, à la disposition du général Bonaparte . Lesdirecteurs protestèrent d’abord avec violence contre le décret du Conseil desAnciens ; mais Barras, endoctriné par Tallcyrand , comprit bien que le règnedu Directoire était fini, et ôta la majorité à ses collègues en donnant secrète-ment sa démission. Aussitôt qu’il connut la résolution des Anciens, il envoyaaux Tuileries son secrétaire Bottot à Bonaparte . Bottot trouva le général dansla salle des inspecteurs du Conseil ; et au moment où il se mettait en devoir deremplir la mission dont il était chargé, Bonaparte lui dit : « Annoncez à votreBarras que je ne veux plus entendre parler de lui. » Puis élevant la voix,il prononça ainsi l’arrôt des directeurs, comme s’ils eussent été présents :« Qu’avez-vous fait de cette France que je vous ai laissée si florissante? Je« vous ai laissé la paix, j’ai retrouvé la guerre. Je vous ai laissé des vie-« toires, et j’ai retrouvé des revers. Je vous ai laissé les millions de l’Italie ,« et j’ai retrouvé partout des lois spoliatrices et la misère. Qu’avez-vous fait« de cent mille Français que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? Us« sont morts ! Cet état de choses ne peut durer : avant trois ans il nous mène-« rait au despotisme. Mais nous voulons la république, la république assise sur« les bases de l’égalité, de la morale, de la liberté civile et de la tolérance po-te litique. Avec une bonne administration, tous les individus oublieront les fac-« tions dont on les fit membres pour leur permettre d’ètre Français . 11 est temps« enfin que l’on rende aux défenseurs de la patrie la confiance à laquelle ils ont« tant de droits. A entendre quelques factieux, bientôt nous serions tous les en-te nemis de la république, nous qui l’avons affermie par nos travaux et notre« courage ! Nous ne voulons pas de gens plus patriotes que les braves qui ont été« mutilés au service de la patrie.» Cette dernière phrase annonçait suffisam-ment sous quel drapeau la liberté devait marcher.
Dubois de Crancé proposa encore aux directeurs Gohier et Moulins d’arrêterBonaparte sur le chemin même de Saint-Cloud ; mais le président Gohier lui ré-pondit : « Comment voulez-vous qu'il fasse une révolution à Saint-Cloud , puis-que je tiens ici les sceaux de la république? Alors Gohier et son collègue Moulins se firent conduire aux Tuileries, à la salle de la commission des inspecteurs desdeux Conseils ; là ils refusèrent leur adhésion. Gohicr entama courageusementune explication très-vive avec Bonaparte , qui termina brusquement l’entre-tien par ces mots : » La république est en péril, il faut la sauver, je le veux. »Les deux directeurs, ne sachant plus que devenir, et n’étant plus rien dans