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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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l’état, élisant à tous les emplois, et de deux consuls avec voix consultative seu-lement. Cette proposition, émanée du conseil secret du général, rencontra la plusvive opposition de la part d’hommes politiques très-influents : c’étaient Daunou .Chénier, Chazal et Courtois. Ils offrirent à Bonaparte de le nommer généra-lissime, investi du pouvoir de traiter avec les puissances étrangères et de celuide faire la guerre et la paix. « Je suis consul, répondit Bonaparte , je veux resterà Paris . » Chénier insista vigoureusement en faveur de la mesure de l’absorp-tion dans le Sénat. « Cela ne sera pas, » s’écria Bonaparte . Cette réponse mit (inà la discussion, et la proposition présentée par les amis de Bonaparte fut adoptéeavec cette modification, que le premier consul serait nommé pour dix ans, clrééligible.

De cette manière, le Sénat n’étant pas la première institution, Bonaparte sefit lui-môme premier consul. Sieycs, qui comprit alors que, réduit au secondrang, il n’était plus rien, refusa d’ètre consul en seconde ligne ; Itoger-Ducos lesuivait naturellement; d’ailleurs l’on avait déjà pourvu à leur remplacementpar Cambacérès , ministre de la justice, et par Lebrun, ancien secrétaire in-time du chancelier Maupeou. Sieyes fut le premier absorbé parle Sénat , hos-pice politique qui devait servir d’asile aux vétérans de la révolution. Il reçutla présidence de ce corps, et concourut avec Cambacérès et Lebrun à son or-ganisation. Le premier consul acheva la ruine politique et la fortune préma-turée de Sieyes , en lui faisant décerner, à titre de récompense nationale, la terrede Crosne, du prix d'un million. Ainsi finit la commission consulaire exécutive,six semaines après son établissement.

Investi de l’initiative des lois et de leur exécution , de la direction de toutel’administration intérieure, du droit de faire la paix et la guerre, en un mot, detoutes les attributions du pouvoir suprême, le premier consul hérita dans unjour de la monarchie et de la république. Le palais des rois devint le palais desconsuls. La translation du Luxembourg, où ils avaient d’abord siégé, aux Tuile-ries , forma une brillante cérémonie, dans laquelle se développa tout le luxe dela royauté militaire. En peu de jours, on passa rapidement de la familiarité dessociétés républicaines du Directoire à l’étiquette des réunions du palais desTuileries . Il y eut des cercles; on alla à la cour chez le premier consul. Letitre de citoyen disparut de la conversation, et le négligé fut banni du cos-tume. Chacun faisait son apprentissage, le maître et les courtisans. Jamais onne vit de métamorphose plus complète.

En s’installant dans la demeure des rois, Bonaparte remit la monarchie surla scène : aussi, à l’aspect de cette pompe et de ces mœurs renouvelées, laséduction gagna tous les esprits dont les opinions penchaient pour la royauté.Les uns s'appuyaient sur le changement de dynastie en Angleterre; les autres,encore républicains, rappelaient les élections de la Pologne ; d’autres enfin,les partisans de la maison de Bourbon, moins nombreux que les premiers.