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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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DE NAPOLÉON.

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de division. Mais Toussaint refusa, autant par calcul que par fierté ; il de-manda à se retirer dans le domaine d’Ennery dont il avait fait son apanage. Sademande lui fut accordée. Toutefois, les généraux Brunet etThouvenot eurentordre de surveiller le repos de Toussaint Louverture . Ainsi, en cinquantejours, le général Leclerc venait de terminer par une campagne générale uneguerre d’extermination dont il avait su borner la durée; il avait triomphé de laforce et de la ruse de ses ennemis, ainsi que des obstacles de la nature : maisil allait avoir à combattre d’autres tléaux plus redoutables, et les trahisonsqui marchèrent à leur suite. Un des grands désastres de l’iiistoire moderne,aussi meurtrier dans ses proportions que la retraite de Moscou , est réservéà cette glorieuse armée, l'une des plus braves qui aient jamais illustré le nomfrançais .

Après la pacification, le général Leclerc s’étudia et parvint à en assurerles résultats, en inspirant de la confiance aux généraux noirs; il sentait bienqu’il ne pouvait réussir sans eux, et que sa position le contraignait à se servirde leur entremise pour rappeler les noirs à la culture et les désarmer. Enadoptant ce parti indispensable, le général sut mettre de l’abandon dans sesrelations avec ces hommes dangereux, de peur de réveiller celte méfianceinhérente à leur race. Le succès passa ses espérances. Christophe, Clcrvaux,Dessalines , Maurepas, rivalisèrent de zèle pour remplir les intentions dugénéral en chef; par leurs soins une armée noire se rassembla; trente millefusils furent recueillis dans le département du nord et emmagasinés au Cap. Legénéral en chef se vit même obligé de réprimer l’ardeur de ces généraux, qui,fidèles aux habitudes d’une ancienne férocité, tuaient ou faisaient tuer les noirsencore munis de leurs armes. Si cette cruauté envers leur espèce provint d’uncalcul de leur dissimulation, comme il y eut bien lieu de le croire, on peut sefaire l’idée de la déplorable position où se trouvait l’armée expéditionnaire.

Mais la sagesse même des mesures qui venaient de faire succéder tout à couples bienfaits de la concorde à la guerre et à la destruction, allait creuser unabîme plus profond sous les pas de l’armée expéditionnaire; déjà affaiblie demoitié, il lui fallut recevoir dans ses cadres des noirs portés au désordre et àl’indiscipline: ce recrutement offrait un péril auquel l’existence de l’armée nepouvait se soustraire. Cependant l’organisation coloniale marchait du même pasque l'organisation militaire. Le général en chef reconnut les avantages des règle-ments que Toussaint avait établis; il confirma les baux à ferme de toutes lespropriétés vacantes, qui jamais ne furent aliénées ; il consacra le servage de laglèbe pour les cultivateurs, à qui on allouait le quart des produits ; il ouvrit lesports de la colonie à tous les pavillons sans préférence: aussi, en peu de temps leCap se releva de ses cendres, ainsi que la plupart des villes incendiées; beau-coup dé colons revinrent; les ports se remplirent de bâtiments de commercefrançais et étrangers.