Il I S T 0 1 H K
JW
inattendues, sorties du traité de Lunéville , devinrent, aux yeux du gouverne-ment anglais, de véritables usurpations sur le terrain où le traité d’Amiens venaitd’ôtre assis. Le cabinet de Londres , dont Pilt dirigeait toujours l’esprit sous lesuccesseur qu’il s’était choisi , ne pouvait également ignorer que le premierconsul, empressé de satisfaire pour lui et ses alliés à toutes les clauses du traité,s’alarmait justement de la lenteur plus qu’équivoque que l’on mettait à remettrel’ile de Gorée à la France , à la république batave le cap de Bonne-Espérance ,enfin l’île de Malte à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem . L’Angleterre disait :
« La France s’est agrandie depuis notre traité. » La France disait : « L’Angle-terre n’exécute pas notre traité. » Un tel procès, dont les parties étaient lesseuls arbitres, ne devait se juger que par la guerre.
Cependant les cabinets de Paris et de Londres avaient recommencé leurshostilités périodiques dans les journaux, et, malgré l’animosité de ces débatspublics, ils reprirent aussi des négociations supplémentaires, pour l’exécutionde leur traité. On n’oublia pas non plus un autre moyen de s’entendre, celuid'armer à outrance ; et les deux nations marchaient tellement d’intelligence avecleurs gouvernements, que l’enthousiasme de la guerre avait, peu de mois aprèsla signature du traité d’Amiens , rendu aux esprits la même exaspérationqu’avant la paix. L’arène des journaux, où malheureusement le premier consulne dédaignait pas de descendre lui-même, offrit un échange perpétuel d’offen-santes personnalités, poussées à un tel point de violence de la part des écri-vains anglais , que l’ambassadeur Otto présenta une note officielle dans laquelleil était demandé que VAngleterre défendit tout ce qui serait défendu en France par rapport aux intérêts réciproques des deux nations. Cette note réclamait aussil’éloignement des émigrés de l’ile de Jersey , l’expulsion de l’A ngleterre des évêquesde Metz et de Saint-Pol, la déportation au Canada de Georges et de ses adhérents,et le renvoi de tous les Français qui porteraient en A ngleterre les décorations del’ancienne monarchie. Enfin, le premier consul exigeait encore que tous les princesde la maison de Bourbon fussent requis de se rendre à Varsovie près du chef deleur famille. C’était, à peu de chose près, proposer à la Grande-Bretagne lesacrifice de sa constitution, que de lui demander la violation des deux garantiesfondamentales les plus chères à toute nation libre, celle de la presse et celle deVhabeas corpus. 11 n’en fallait sans doute pas davantage pour déclarer des deuxcôtés ce traité rompu par le fait. Aussi les journaux des deux nations se livrè-rent-ils aux plus violentes hostilités. Dans ceux de la Grande-Bretagne, lespassions ministérielles s’exprimèrent sans ménagement; un procès public y futinstruit contre l’ambition du premier consul. On n’oublia aucune récriminationancienne, aucun grief récent; on invoqua le traité de Lunéville en condamnationdes envahissements politiques et territoriaux de la France .
Le célèbre Fox, qui arrivait de Paris , où il avait reçu le plus brillant accueildu premier consul, des membres du gouvernement et de la société de la capi-