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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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de l’Angleterre, et qu'il portait toujours deux pistolets, dont l’un serait poureelui qui voudrait l'arrêter, et l’autre pour lui-même. Il jura qu'il ne périraitjamais de la main des bourreaux de Bonaparte .

Les prisons renfermaient déjà presque tous les complices, au nombre dequarante-cinq. U ne restait encore de libres que les trois principaux conjurés,Moreau, Pichegru et Georges. Les renseignements ayant paru suffisants, lela février 180i, Moreau fut arrêté. Le lendemain, l’ordre du jour de la garni-son de Paris portait : « Cinquante brigands ont pénétré dans la capitale ; Geor-« ges et le général Pichegru étaient à leur tête. Leur arrivée avait été provo-« quée par un homme qui compte encore dans nos rangs, par le général Moreau.« qui fut remis hier aux mains de la justice nationale. Leur projet, après avoira assassiné le premier consul, était de livrer la France aux horreurs de la guerre« civile et aux terribles convulsions de la contre-révolution. »

L’opinion, quoique instruite depuis longtemps de l’éloignement qu'une ob-session domestique avait inspiré à Moreau pour le premier consul, se refusa àcroire de telles accusations. La gloire des armes jetait alors de profondes ra-cines ; le public, à qui l’avilissement des grandes renommées et le sacrificede sa longue admiration sont également insupportables, se mit à soutenir unesorte de guerre contre Bonaparte . Cette opposition gagna plus rapidement en-core les vétérans des armées du Nord, que Moreau avait commandées avec tantde succès. La vénération de ces armées pour leur ancien chef était sans bornes.Le genre de vie adopté par Moreau paraissait à beaucoup de gens, et à sesanciens officiers, une retraite au moins contre l'injustice, si ce n’était contre lapersécution ; aussi cet ordre du jour du gouverneur de Paris reçut-il un accueilpeu favorable, tant il choquait les opinions et cette faveur républicaine dontMoreau aimait à s’envelopper. La raison publique se révolta à l’idée d’uneconnivence avec Georges, et à celle de l’assassinat du premier consul. L’incré-dulité du public jugea le forfait impossible, à cause de son énormité. L’oppo-sition qui régna pendant tout ce procès alla presque jusqu'à l’altitude sédi-tieuse : erreur honorable pour le caractère national, qui demeura indécis entrele culte qu’il portait si justement au premier magistrat de la république et lacause d'un illustre accusé !

Le 28 février, un sénatus-consulte suspendit pour deux ans la procédurepar jury, et investit les tribunaux criminels de la connaissance des crimes de.haute trahison, d’attentats contre la personne du premier consul, et contrela sûreté intérieure et extérieure de la république. Une loi spéciale appliquala peine capitale aux recéleurs des conjurés, comme complices; aussitût laproclamation de cette loi, Pichegru fut livré, dans la rue de Chabanais, pourune somme de 100,000 francs, par un homme chez lequel il s'était réfugié.A deux heures du matin , des agents de police, munis de la clef que cet hûteperfide leur avait donnée, entrèrent dans la chambre où dormait Pichegru, .