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pii déroute par une charge ù la baïonnette, le força lui-même à profiter del'obscurité pour dérober sa retraite. Napoléon , resté maître du champ de ba-taille, où vingt mille morts et trois à quatre mille chevaux tués, la neige cou-verte de sang, de débris de boulets, d'obus, d'armes de toute espèce, et unnombre immense de blessés, formaient le plus hideux spectacle, adoucit dumoins, par des soins d’humanité prodigués aux soldats des deux partis, l'hor-reur du tribut offert en ce moment au fatal génie de la guerre. Le bulletin quiapporta à Paris le récit de la bataille d’Eylau , produisit une douloureuse im-pression, et offrait la trace des pénibles pensées qui déchiraient l’Ame du vain-queur. « Après la bataille d’Eylau, disait-il, l’Empereur a passé tous les jours« plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le« devoir rendait nécessaire. Il a fallu beaucoup de travail pour enterrer tous les« morts. On a trouvé un grand nombre de cadavres d’officiers russes avec leurs« décorations. II paraît que parmi eux il y avait un prince Rcpnin. Ouarante-« huit heures après la bataille, il y avait plus de cinq mille Russes blessés qu'on« n’avait pas encore pu emporter. On leur faisait porter de l’eau-de-vie et du« pain ; et successivement on les a transportés à l'ambulance. » La batailled’Eylau, où l’armée française perdit seize généraux tués ou morts des suites deleurs blessures, est, relativement au nombre des combattants, la plus sanglantequi ait eu lieu sous l'empire. Le lieutenant-général d’IIautpoult fut blessé à morl.Il avait exécuté à la tête de ses cuirassiers cette fameuse charge qui traversa toutel'armce russe. Napoléon courut les plus grands dangers à celte effroyableaffaire ; en vain le prince Berthier voulut l’empêcher de rester constammentsous le feu le plus violent des batteries ennemies, il persista à s’exposer, sansdonner le plus léger signe d’émotion, au milieu des alarmes que sa positioninspirait à tous ses généraux.
La seconde capitale de la Prusse, Kœnigsberg , n’échappa à nos armes quepour un moment ; car Bcningsen l'avait évacuée après la bataille d’Eylau,et Napoléon a conservé l’offensive. En Poméranie , le maréchal Mortier in-vestit Stralsund , dont le gouverneur avait bridé le faubourg. Le maréchal Le-febvre s’empare de Marienwerder, sur la Vistule, et marche vers Dantzick ,dont le siège lui est confié. En attendant que l’artillerie de siège soit arrivéedes places fortes de la Silésie qui se sont rendues au prince Jérôme, le ma-réchal fait commencer les ouvrages de circonvallation. Le 16, la victoire d’Os-trolenka, longtemps disputée, est enfin arrachée au général Essen par legénéral Savary. A Braunsberg , le général Dupont attaque dix mille Bussesà la baïonnette, les chasse de la ville, prend deux mille hommes et seize piècesde canon. Par ces affaires d’avant-postes, Napoléon veut assurer la tranquillitéde ses troupes dans leurs cantonnements. Là, sa sollicitude vraiment pater-nelle veille sans relâche sur les besoins du soldat, sur les hôpitaux, où lesvainqueurs d’Eylau reçoivent les secours de la science et de l’humanité, comme