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Aranjuez, produisit un effet magique. Les armes tombèrent des mains d'unemultitude effrénée ; ce ('aime subit révéla éloquemment au roi et à la reinetoute la pensée de la nation. L’abdication, signée au milieu des baïonnettes cldu tumulte populaire, devait avoir de fatales conséquences; car aux yeux depersonne elle ne pouvait passer pour un acte libre et volontaire. Le lendemain,le roi Charles en instruisit l’Empereur.
Le premier acte delà souveraineté de Ferdinand fut un édit qui confisquait,au profit de la couronne, tous les biens du prince de la Paix, meubles et im-meubles. 11 faut le dire, cette satisfaction était due à la nation espagnole. Fer-dinand annonça ensuite qu’il allait se rendre à Madrid pour s’y faire proclamer.Le duc de l’Infanlado reçut, avec le grade de colonel des gardes, la présidencedu conseil de Castille. Aussitôt ces différentes résolutions rendues publiques,le peuple et les soldats pillèrent, soit à Madrid, soit à Aranjuez , le palais duprince de la Paix, de plusieurs de ses parents, des ministres, et en brûlèrent lesmeubles sur la place publique. Le 21, le roi fit.un acte de protestation secrelsur son abdication, et se bâta de l’adresser à l’Empereur. « ...Je n’ai déclaré me« démettre de ma couronne que lorsque le bruit des armes et des clameurs« d’une garde insurgée me faisait assez connaître qu’il fallait choisir entre la vie« et la mort, quieiit été suivie de celle de la reine... » Ainsi Ferdinand était accuséde parricide par sa mère auprès du grand-duc de llcrg, et par son père auprèsde Napoléon . De telles confidences, de telles accusations jugeaient à elles seulesla maison d’Espagne .
D’après ces événements, le grand-duc de Berg, sans prendre les ordres de1 Empereur, crut devoir quitter Burgos, et s’avança vers Madrid à la tête descorpsde Moncey et de Dupont. II avait probablement interprété en sa faveur l’impa-tience ancienne de cette capitale à recevoir Napoléon , dont il se croyait le pré-curseur. Cette ambition, mal déguisée, aveugla Murat et eut pour conséquencela faute bientôt irréparable d’arriver à Madrid la veille du jour où Ferdinanddevait y entrer en qualité de roi des Espagnes. Les habitants se trouvaient siheureux de leur triomphe sur Godoy, qu’ils regardèrent avec une sorte d’indif-férence la présence des troupes de Murat. L’entrée solennelle de Ferdinand,qui eut lieu le lendemain, porta au dernier degré d’enthousiasme la popu-lation de Madrid . Le nouveau souverain se hâta d’envoyer auprès de l’Empe-reur le comte Fernando Nunez, pour l’informer de son avènement. Mais la con-duite du grand-duc de Berg, qui s’abstint d’aller saluer Ferdinand et de lereconnaître comme roi, jeta soudain dans l’esprit de ce prince l’inquiétude laplus vive ; il craignait, et avec raison, d’avoir été prévenu auprès du grand-durpar son père et par sa mère.
Dès qu’il connut les événements d’Aranjuez , et en réponse à la correspon-dance du grand-duc de Berg, Napoléon lui adressa la lettre suivante. Cettelettre, si importante, fera mieux juger que toutes les réflexions quelle était