Buch 
Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
Entstehung
Seite
379
JPEG-Download
 

I>i; .NAPOLEON.

.170

lions i|ue la nécessité de la retraite et la mort de son plus ancien compagnond'armes lui avaient causées, la puissance des facultés de son âme. Si son génieétait fait pour commander à la victoire, son âme était trempée pour comman-der à la fortune. La prudence remplaça tout à coup en lui l’ardeur qui, le ma-lin, l’avait si brusquement inspiré ; mais la force ne l’abandonna pas. Il appelaauprès de lui ses maréchaux pour les consulter sur la situation de l’armée :tous furent d’avis de la mettre à couvert sur la rive droite. Davoust promit d’yarrêter l’archiduc, et Masséna de conserver l’île Lobau.

« Abandonnerons-nous nos blessés? répondit Napoléon ... Dirons-nous à l’Eu-« rope que les vainqueurs sont aujourd’hui les vaincus?... Vous voulez repas-ci ser le Danube! il nous faudrait courir jusqu’au Rhin ; car ces alliés, que la vic-« foire et la fortune ont donnés, une apparente,défaite nous les ôtera et les tournera« même contre nous. 11 faut rester ici ; il faut menacer un ennemi accoutumé à« nous craindre, et le retenir devant nous... Avant qu’il ait pris un parti, avant« qu’il ail commencé à agir, les ponts seront réparés de manière à braver tous« les accidents; d’ailleurs, l’armée d’Italie, suivie de Lefebvre, va nous appor-te ter le secours de sa force et de ses succès. Alors nous serons entièrement« maîtres des opérations. » Ces paroles généreuses et ces vues hardies enflam-mèrent le dévouement de ses compagnons de gloire et de danger.

L’ordre fut donné aux troupes de se reployer à deux heures du malin. Mas-séna, et ce poste lui était bien dû, eut le commandement de la rive gauche eldes îles : «Masséna, lui dit Napoléon , tu vas achever ce que tu as si glorieuse-« inent commencé. 11 n’y a que toi qui puisses en imposer assez à l’archiduc«pour le retenir immobile devant nous. Je viens de parcourir l'île Lobau, leterrain te sera favorable. »

A une heure du matin , par la nuit la plus orageuse, au milieu des débrisqu’entraînent les débordements du Danube, Napoléon entre avec Berlhier dansune nacelle. Au lieu de chercher le repos dont il a tant besoin, Napoléon braveun danger immense pour aller consoler sur la rive droite le corps de Davoust den’avoir pu prendre parta la bataille d’Essling. Mais, avant de partir, il a songéaux blessés, que l’on place tous dans les hôpitaux de l’île Lobau sous la gardede Masséna. Le deuxième corps et le quatrième étaient encore à minuit, l’un àEssling, l’autre à Aspcrn, et la cavalerie entre les deux villages, comme ils avaientété postés la veille. Ainsi le champ de bataille et ses deux grandes redoutes nousrestèrent. La garde commença le mouvement rétrograde ; elle fut suivie suc-cessivement de la cavalerie, des grenadiers d’Oudinot et des deuxième et qua-trième corps, dont la destinée et la gloire étaient inséparables. Une division dutrester à Essling, une autre à Aspern , pour dérober notre retraite à l’ennemi :celui-ci avait aussi fait la sienne en reprenant les positions qu’il occupai! lanuit précédente. Lanncs, que l’on nommait VAchille de l’armée, Masséna, Da-voust et Bcssièrcs, ajoutèrent un nouveau lustre à leur renommée pendant celle