DE NAPOLÉON.
'.:n
Bardai de Tolly, qui s’était d’abord retiré sur Saint-I’éterbourg,avait ensuitechangé de marche, et opérait pour se réunir à Bagration sur le chemin deMoskou. Napoléon , qui l’apprend, y envoie en toute hâte le maréchal Ney. Ce-lui-ci trouve, de hauteur en hauteur, un ennemi qui résiste et recule tour àtour; à chaque pas, le nombre augmente devant nous. Napoléon expédie desrenforts à son lieutenant, et charge en même temps le général Gourgaud d’allers’informer de l’état des choses. A minuit, cet officier revient. Les renforts sontarrivés ; le maréchal a livré un combat aussi terrible que glorieux ; mais Junot ,après avoir passé le Dniéper au point indiqué, n’a point suivi les ordres del’Empereur. Il a préservé de la ruine, par sa coupable inaction, l’armée de Bar-dai de Tolly, séparée de celle deBagration, divisée elle-même en deux parties,embarrassée dansun étroit défilé, d’où elle ne peut sortir qu’homme à homme.Napoléon se rend auprès du maréchal Ney. Tout le monde s’accordait à penserque Bardai de Tolly était perdu sans l’inconcevable désobéissance de Junot .Napoléon pardonna. Sans doute, il se souvint du sergent de la Côte-d’Or , sonintrépide secrétaire au siège de Toulon , et des nombreux services de l’officier quilui avait sauvé la vie en Égypte . Malgré le regret que devait lui laisser le résul-tat imparfait de la victoire de Valoutina, il reprit toute sa sérénité pour distri-buer des récompenses à ses soldats sur le champ de bataille couvert de sanglantsdébris, et où l’enthousiasme de la gloire, excité au plus haut degré par sa présenceet par ses paroles, tantôt affectueuses et paternelles, tantôt guerrières et subli-mes, effaçait à tous les yeux les images de la mort répandues de tous côtés.
La faute du duc d’Abrantès et ses funestes conséquences; le miracle dusalut de l’armée russe ; la fatalité qui s’attache en son absence aux opérationsles mieux conçues et les plus décisives ; la bataille générale qui recule tou-jours devant lui ; la mollesse du prince de Schwartzemberg à soutenir le géné-ral Reynier victorieux, à Ghorodeczna, de Tormazoff, déjà effrayé de l’arrivéedu duc de Bellune avec son corps sur la Vistule; en Volhynie , l’insuccèsinattendu des soixante mille hommes confiés au duc de Reggio , contre Witt-genstein beaucoup plus faible que nous : telles sont les idées qui poursuiventNapoléon à ,son retour de Valoutina . Des méditations profondes et voisinesdu dégoût s’emparent de lui et semblent devoir l’arrêter à Smolensk . Maistout à coup le général Gouvion-Saint-Cyr a réparé les fautes ou le malheur duduc de Reggio à Polotsk , et mérité le bâton de maréchal qu’il obtient; lesnouvelles du roi de Naples, du prince d’Eckmühl, du général Grouchy , sontfavorables ; les Russes , consternés, se replient en toute hâte, abandonnant leursblessés : l’armée française va marcher en avant, malgré les murmures de la fai-blesse, du découragement, et les alarmes d’un certain nombre d’hommes qui,de feu dans les combats, sont de glace dans le conseil, et tremblent d’envisagerd’avance des dangers ou des obstacles qu’ils affronteront tous avec le plus grandcourage. D’après de nouveaux renseignements. Napoléon met en mouvement
53