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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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DE NAPOLÉON.

PII

situation des arsenaux, armement, équipement des soldats, direction des ren-forts sur les divers corps qui les attendent, arrivée des munitions, transportdes approvisionnements, rien n’échappe à ses regards, à sa vigilance, à sonaction. Par lui, l’ordre règne au milieu de tant d’éléments de confusion; parlui, la Saxe est préservée des fléaux qui accompagnent ordinairement la pré-sence des armées. En même temps, les trésors qu’il a tirés de ses caves du pa-villon Marsan acquittent toutes les dépenses et alignent la solde. Ce sont lesalliés vaincus à Austerlitz, à Iéna , à Wagram , qui ont fourni eux-mêmes laprécieuse réserve que Napoléon emploie aujourd’hui contre eux. Dresde ,protégé par les nombreux ouvrages qui s’élèvent, et asile du quartier-général,où abondent une foule de militaires de tous rangs, offre tout à la fois l’aspectd’un camp et le mouvement d’une brillante capitale, où les préparatifs mêmede la guerre communiquent une nouvelle activité à toute la population. Aumilieu d’elle, calme et agité, méditant, ordonnant et faisant exécuter, Napoléon veille en même temps sur l’Allemagne et sur la France , comme sur l'Italie etsur l’Espagne : les nouvelles de ce dernier pays sont d une nature fâcheuse.

Enhardi par nos revers, Wellington avait repris l’offensive le 28 mai, à latête de soixante-dix mille hommes, et sa marche avait décidé Joseph à évacuerMadrid. L’armée française était parvenue à mettre l’Ebre entre elle et Wel-lington; mais, lorsqu’on apprit que l’ennemi avait passé ce fleuve, l’alarme serépandit au quartier-général du roi : un conseil de guerre fut tenu ; le maréchalJourdan proposait de descendre l’Ebrc et de se retirer sur Saragosse pour y ral-lier l’armée de Clauzel et communiquer ainsi avec Saint-Sébastien, Bilbao , Pam-pelune, et avec le corps du général Foy. C’était sur les hauteurs inexpugnablesde Salinas et de Mont-Dragon qu’il voulait arrêter Wellington ; et par les mou-vements simultanés de la retraite du maréchal Suchet , qui venait de sauverTarragone et de forcer lord Murray à se rembarquer après un échec complet, labarrière des Pyrénées pouvait être fermée à l’invasion étrangère. Le conseil serangea à l’avis du maréchal Jourdan ; mais Joseph, saisi mal à propos d'un rêvede gloire, voulut combattre, et l’ordre de la bataille fut donné pour le lendemain,21 juin. La bravoure française soutint jusqu’au dernier moment sa haute renom-mée ; nos soldats ne cédèrent qu’à l’immense supériorité du nombre des enne-mis : la bataille de Yiltoria fut glorieuse pour nos armes, et la perte presqueégale des deux côtés. Mais l’imprévoyance et l’inhabileté du chef, qui ne savaitni commander ni abdiquer le commandement , l’absence de toute précautionpour assurer la retraite, l’amoncellement des immenses bagages de cette royautéfugitive, changèrent un revers, facile à réparer peut-être, en un désastre quinous enlevait l’Espagne sans retour. Cent cinquante pièces de canon, quatrecents caissons, tout le matériel de l’armée, ainsi que tous les bagages, furentla proie de l’ennemi. L’armée se précipita confusément sur la route de Tolosa,où l’illustre général Foy arrêta les vainqueurs, à la tête de seize mille hom-