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et il était admis chez l Empereur, qu'il trouva entièrement rassuré sur la po -sition des affaires. Deux ministres que n’avait éblouis aucune des victoires ,bien que miraculeuses, qui venaient d’illustrer le mois de février, avaient faitpromettre à M. de Saint-Aignan de présenter à l’Empereur le tableau véritablede l’opinion, de la situation de la capitale, et des dangers de toute espèce quile menaçaient. Les avis dont il s’était chargé étaient sévères ; il les porta àNapoléon avec autant de courage que de fidélité, et le pressa instamment derépondre aux vœux unanimes que l’on formait à Paris pour la paix, quellesque fussent les concessions auxquelles il fallût descendre. Napoléon , toutrempli de ses succès et des dernières paroles du prince de Lichtenstein, re-poussa les représentations de M. de Saint-Aignan; mais la loyauté de ce pléni-potentiaire de la pensée publique ne fut point ébranlée : « Sire, dit-il en« terminant, la paix sera assez bonne si elle est assez prompte. —Elle arrivera« assez tôt, répliqua vivement Napoléon , si elle est honteuse! » Ces mots serépandent, et l'armée reprend la route de Troycs aussi tristement qu'elleavait repris de cette ville, le 5 du môme mois, le chemin de la capitale.
Les conseils qui arrivaient de Paris avaient sans doute de la sagesse; les cir-constances leur prêtaient beaucoup de force : toutefois si les ministres, celuide. la guerre surtout, si le général qui commandait la grande ville, si Joseph etles autres membres du gouvernement eussent rempli la moitié de leur de-voir, Napoléon n’aurait pas eu besoin d’entendre de pareils avis, parce qu’il nese serait jamais vu réduit à une extrémité semblable. En effet, môme dansla position où il se trouvait, son génie, qui venait de lui ramener la fortune,par de si incroyables succès sur les forces combinées de l’Europe , pouvait en-core le sauver.
Le 23, dans l'après-midi, nous paraissons devant Troyes : les portes en sontfermées et barricadées. L'ennemi semble vouloir la défendre ou plutôt la dé-truire avant d’évacuer. Le combat s’est engagé; mais à la nuit, l'ennemi faitdemander une trêve pour remettre les portes à la pointe du jour : Napoléon préfère le salut de la ville à un nouveau triomphe.
L’Empereur rentre à Troycs le 2L Fatigués de dix-huit jours de dominationétrangère, les habitants laissent éclater des accusations de trahison et de con-nivence avec l’ancienne dynastie. Deux émigrés sont dénoncés pour avoir portépubliquement la croix de Saint-Louis et la cocarde blanche pendant le séjourdes alliés ; l’un d’eux est arrêté et fusillé. Napoléon a appris que les procla-mations d’IIarlwell circulent dans Paris , et que les lettres émanées de Louis XVIT1sont mystérieusement parvenues aux principaux personnages de l'Empire. Ilsait que le duc de Berri est à Jersey, le duc d’Angoulêmc à Saint-Jean-de-Luz avec l'armée anglaise, et le comte d’Artois en Franche-Comté . Aussi, à sonentrée à Troyes , il a rendu un décret qui prononce la peine des traîtres contretous ceux qui auront arboré les insignes de l’ancienne monarchie. Cependant,