582
Il I STÜ1 II K
armées. Trop faible pour les affronter à la fois, Napoléon dut adopter le partide les battre séparément, et chacune à son tour. Il avait calculé, d’après laposition de Wellington et celle de Blücher , qu’il leur fallait au moins deuxjours pour faire leur jonction et agir sur le même champ de bataille ; et dèslors la possibilité d’un double triomphe lui avait paru d’autant plus démon-trée, que les alliés, à qui ses manœuvres avaient échappé, allaient être surprispar une attaque dont le résultat serait de leur enlever tout moyen de se rejoin-dre. Restait à choisir entre deux opérations offensives. Assaillir de front lesAnglais pouvait être dangereux, et en outre n’aboutir, même avec le succès,qu'à amener la réunion des ennemis. Napoléon résolut d’attaquer la tête descolonnes de l’armée prussienne, de percer leur ligne à Charleroy , et d’ouvrirentre elles tout l’espace de Namur à Bruxelles . Il s’était déterminé par de puis-santes raisons. « En eiïet, disait-il, si nous dérobons à l’ennemi le mouvementdes deux corps qui doivent, de Lille et de Valenciennes, se rendre à Maubeuge ,Blücher ne sera prévenu de notre approche que par l’enlèvement de Charle-roy ; conséquemment, nul moyen pour lui, non-seulement dedépasserNamur,mais même d’y réunir le 16 plus de huit divisions. De son côté, Wellington ,averti seulement la veille au soir du passage de la Sambre, ne pourra avoir sestroupes rassemblées que le 16 sur la fin du jour; encore sa cavalerie n’arri-vera-t-elle que la nuit suivante : ces impérieuses circonstances livrent seul ànos coups Blücher , séparé d’une partie de ses forces. »
Napoléon avait bien exécuté ce qu’il avait bien conçu : l’armee, forte de centvingt-deux mille quatre cents hommes, et pourvue de trois cent cinquante bou-ches à feu, se trouvait réunie le 14, à l’insu des Prussiens, et apprenait la pré-sence de l’Empereur par la proclamation suivante :
« Soldats !
« C’est aujourd’hui l’anniversaire de Marengo et de Friedland, qui décida<c deux fois du destin de l’Europe . Alors comme après Austerlitz, comme après« Wagram, nous fûmes trop généreux. Nous crûmes aux protestations et aux« serments des princes que nous laissâmes sur le trône. Aujourd’hui cependant,« coalisés entre eux, ils en veulent à l’indépendance et aux droits les plus sacrésd de la France . Ils ont commencé la plus injuste des agressions : marchons donc« à leur rencontre ! Eux et nous ne sommes-nous plus les mêmes hommes ? Sol-<i dats! à léna contre ces mêmes Prussiens, aujourd’hui si arrogants, vous étiez« un contre deux, et à Montmirail un contre trois. Que ceux d’entre vous qui ont<( été prisonniers des Anglais vous fassent le récit de leurs pontons et des maux« affreux qu’ils ont soufferts! Les Saxons, les Belges, les llanovriens, les soldats>< de la Confédération du Rhin , gémissent d’être obligés de prêter leurs bras a