592
III S T 01 K E
par l’armée anglo-hollandaise, appelle une brigade de réserve, composée descuirassiers de Milhaud; ils s’ébranlent : bientôt le maréchal couronne le pla-teau avec scs troupes, dont les charges brillantes font un mal horrible aux en-nemis. Cette manœuvre paraît décisive; tout le monde chante victoire autourde Napoléon : « C'est trop tût d'une heure, dit l’Empereur; cependant il fautsoutenir ce qui est fait. » Voyant alors cette cavalerie exposée au feu meurtrierde la mitraille, aux nouvelles charges de l’ennemi, dont les lignes ne sont pasencore enfoncées, il ordonne au comte de Valmy de l’appuyer avec deux divi-sions de cuirassiers. Entraînée par ce mouvement et par un excès d’ardeur, ladivision du général Guyot les suit : c’était la réserve de la garde ; et Napoléon essaya en vain de la rappeler! Il était cinq heures du soir.
Le choc des trois mille cuirassiers de Kellermann et de la grosse cavalerie dela garde fut terrible ; Milhaud, qui avait été obligé de se replier devant lesforces supérieures de Wellington, se rallie aux nouveaux corps qui viennentle seconder ; alors tous se précipitent à la fois sur ce plateau dont l’occupationdoit décider de la journée. L’infanterie anglaise, assaillie avec la plus violenteimpétuosité, se forme en carrés qui vomissent la mitraille et la mort sur lesescadrons français ; ceux-ci s’élancent successivement contre ces remparts defeu, dont plusieurs sont enfin renversés : au milieu de leurs débris, une nou-velle lutte s’engage entre la cavalerie française et celle de l’ennemi, qui voleau secours de son infanterie. Vingt fois les carrés enfoncés, brisés, se refor-ment; vingt fois aussi les soldats de Kellermann et de Milhaud s’y jettent avecune fureur toujours croissante. Wellington voit s’éclaircir les rangs de son in-fanterie; obligé lui-méme de s’enfermer à chaque instant dans un carré, il nedoit son salut qu’à l’immobilité de ses soldats, qui meurent à leur poste. Al’aspect de ce carnage épouvantable, il verse des larmes : « Il faut encore, s’é-crie-t-il, quelques heures pour tailler en pièces ces braves gens; plût au ciel quela nuit ou les Prussiens arrivassent auparavant! » Mais la main de fer de nos cui-rassiers continue de décimer ses bataillons ; pendant deux heures ces héroïquessoldats affrontent la mort ; ni l’artillerie, ni la baïonnette ne peuvent ralentirleurs attaques sans cesse renaissantes, et douze mille Anglais sont tombés sousleurs coups.
Wellington est battu! déjà la route de Bruxelles est encombrée de fuyardset de bagages; des soldats de toutes armes se jettent à travers la forêt de Soi-gnes ; les caissons, les voitures renversées, annoncent le désordre d’une déroute,et le général anglais s’apprête à donner le signal de la retraite : il a même faitrétrograder sur Anvers la batterie de dix-huit qui devait le joindre ; la nuit etl’armée prussienne, comme il l’a dit lui-même, paraissent seules pouvoir lesauver. C’est dans ce moment extrême que Blücher entre en ligne, à la tête detrente mille hommes, ouvrant la communication entre Bulow et WellingtonEn même temps, deux brigades de cavalerie anglaise , fortes de six mille hom-