Buch 
Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
Entstehung
Seite
594
JPEG-Download
 

594

111 ST 01K K

de sa personne : il les fait charger, et, bientôt accablés par des masses énormes,ces braves sont culbutés, malgré des prodiges de valeur. Maîtresse du plateau,toute l'armée anglo-batave marche en avant et occupe cette position qui devaitnous assurer la victoire. Alors le cri fatal de sauve qui peut! poussé par quel-ques traîtres, et répété par des soldats en désordre, se fait entendre; les lignesse rompent, les rangs se mêlent, la déroute de l’armée française commence.Enfin, les huit bataillons de la garde qui étaient au centre, où les soutenaientle brave Cambronne et le maréchal Ncy, qui avait eu cinq chevaux tués souslui, sont désorganisés à leur tour par la masse des fuyards, et tombent écraséssous le nombre en se défendant jusqu'au dernier soupir. La cavalerie ennemie,multipliant ses charges contre les bataillons rompus et dispersés, redouble laconfusion qu’augmente encore l’obscurité de la nuit; l’artillerie anglaise etprussienne balaie le champ de bataille, où quelques carrés de la- vieille gardesont encore debout.

Napoléon , qui a tout fait pour prévenir et arrêter ce désordre, se jette aumilieu des fuyards, et s’efforce de les rallier derrière un régiment de la gardeen réserve à la gauche de Planchenoit avec deux batteries; malheureusement,les ténèbres, qui empêchent de le voir, détruisent tout l’effet accoutumé desa présence sur les troupes, en même temps qu’un tumulte effroyable s’opposeà ce qu'on entende sa voix. Ce fut alors que le prince Jérôme s’écria : Ici doitmourir tout ce qui s'appelle Bonaparte !

Entraîné dans la déroute, entouré d'ennemis, Napoléon se place, l’épée à lamain, au milieu d’un carré, et veut périr avec les braves qui combattent encore;son dernier champ de bataille sera son tombeau! Mais les généraux qui sontauprès de Napoléon l’arrachent à la mort, qu’il demande et qu’il affronte commeun soldat, a La mort ne veut pas de vous , lui disent les grenadiers, retirez-vous ! »Enfin, il se décide à s’éloigner de ce théâtre de destruction, où sa perte ne se-rait qu’un malheur de plus pour la France et pour l’armée. Plusieurs officierset soldats, ne pouvant se servir de leurs armes contre les ennemis, les tournè-rent contre eux. On dit même que quelques-uns s’aidèrent à accomplir ce der-nier sacrifice d’un héroïque désespoir. L’intrépide général Duhesme, blessé,tomba dans les mains des Prussiens, qui l’égorgèrent! Les Belges couvrirent deleur courageuse amitié ceux de nos braves qui respiraient encore; ils veillèrenttoute la nuit sur le terrain où venait de s’éteindre la gloire des cinquante ba-tailles rangées que les Français avaient gagnées avec Napoléon .

Arrivé à Genappe avec son état-major. l’Empereur essaya d’y réunir quel-ques troupes pour former l’arrière-garde et mettre un terme aux poursuites del'ennemi ; la nuit, la confusion d’une déroute générale, l’encombrement deshommes et des chevaux, tout s'opposa à la résolution de l’Empereur. Il quittaGenappe, s'arrêta quelques heures à Philippeville, et entra, le 20, à Laon , oùles gardes nationales et les paysans l'accueillirent aux cris de vive l'Empereur!