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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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DK N A l'OLEON.

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cette foule le saluait, restait la tête découverte, et, agitant ses chapeaux, rem-plissait l’air d’acclamations. Napoléon contemplait avec émotion ce respect, cetintérêt universel du peuple britannique. Il voyait qu’en Angleterre aussi ilavait la popularité de la gloire, et que le malheur le mettait en paix avec cegrand pays. L’accueil triomphal qu’il recevait dans le premier port de laGrande-Ilretagne devait être pour lui le présage assuré d'une généreuse hos-pitalité. Mais le peuple anglais ne fut pas consulté par son gouvernement, etbientôt le Bellérophon s’entoura de canots armés qui repoussèrent les specta-teurs à coups de fusil. Quelques Anglais périrent dans les (lots, par suite de labrutalité avec laquelle on exécutait l’ordre d’isoler le Bellérophon . Une pareilleviolence, exercée tout à coup contre ceux qui venaient l’honorcr, dut révélerà Napoléon le secret de sa captivité ; d’ailleurs, il n’avait pas reçu dans la radede Plymouth, à son arrivée, la visite de l’amiral Keith, comme il avait reçu aumouillage de ltochefort celle de l’amiral Ilotham. Cependant les Anglais igno-raient l’arrêt porté par leur ministère ; ils étaient encore abusés à Plymouth ,comme Napoléon l’avait été à Torbay . Ils conservaient toujours l’espoir que lecondamné de la fortune n’avait plus rien à craindre des hommes : ils se trom-paient. Le 30 juillet, lord Keith se rendit à bord du Bellérophon avec le cheva-lier Ranbury, sous-secrétaire d’état. Admis en présence de Napoléon , ils luiremirent une pièce ministérielle où on lisait :

« ... Il ne peut convenir ni à nos devoirs envers notre pays, ni à nos alliés,« que le général Bonaparte conserve le moyen de troubler de nouveau la paix« du continent. L’île de Sainte-IIélène a été choisie pour sa future résidence.« Le climat est sain, et la situation locale permettra qu’on l’y traite avec plus« d’indulgence qu’on ne le pourrait faire ailleurs, vu les précautions indis-« pensables qu'on serait obligé d’employer pour s’assurer de sa personne... »

A cette affreuse nouvelle, Napoléon opposa les plus énergiques réclamations.Dans le premier moment, il paraissait décidé à mourir au milieu des elTorts desa résistance, plutôt que d’obéir à un arrêt si cruel. «L’idée seule de Sainte -« Hélène, disait-il, me fait horreur! Être relégué pour toute sa vie dans une île« entre les tropiques à une distance immense du continent, privé de toute coin-« munication avec le monde, et de tout ce qu’il renferme de cher à mon cœur !

« C’est pis que la cage de Tamerlan ! Autant aurait valu signer tout de suite« mon arrêt de mort. » Mais on fut sourd à ces justes plaintes ; la mesure étaitirrévocablement arrêtée : si Napoléon résistait, les satellites du ministère an-glais avaient reçu l’ordre de porter les mains sur lui. L’illustre captif sentitqu’il ne devait pas se commettre avec de pareils ennemis; et c’estalors que, duhaut de sa raison, il adressa à lord Keith cette lettre qui n’a point d’égale dansl’histoire des plus grandes victimes de l’inconstance de la fortune :

« Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des hommes, contre la« violence qui m’est faite, contre la violation de mes droits les plus sacrés, en