172
HUITIEME SATIRE.
Viennet paîrail lui-même un impôt annuelS’il tenait ou l’avoine ou le foin d’Estagel;
Et nous, bons tout au plus en temps d’épidémie,
A qui nos loups-cerviers ne doivent que la vie;
Nous dont le dévoûment, si souvent exalté,lie tourments en tourments mène à la pauvreté;
Qui la nuit et le jour, des travaux les plus rudesSans cesse assaisonnons nos pénibles études;
Nous nous joûrions du fisc aux doigts longs et crochus,Comme si, pavoisés des manteaux de Berchuz,
De larges diamants la poitrine parée,
Le front haut et superbe et la marche assurée,
Dans nos larges goussets, enseignes de trésor,Sonnaient ou les Louis ou les Philippes d’or!
Comme si du crochet d’une brillante agrafeNous eussions arrêté l’aile du télégraphe ;
Comme si, projetant l’immondice aux piétons,
Icares fortunés de brillants phaétons,
Des sables de Boulogne aux fanges de LutèceNous eussions des huissiers dépassé la vitesse;