PITTORESQUE. 17
mais après leur avoir coûté des pertes énormes. « Si le fils nous acoûté si cher, dit alors Moustapha-Pacha, par quels sacrifices fau-dra-l-il acheter le père ! » Et pour se venger de l’énergique résis-tance de la garnison, il fit écarteler les prisonniers et clouer leursmembres sur des planches qu’il lança par mer au pied des murs dela ville. Le grand maître Lavalette fit alors mettre à mort tousles prisonniers musulmans et charger les canons avec leurs têtes.Enfin, après dix assauts meurtriers, le séraskier et le kapoudan-pacha, désespérant de réduire les chevaliers de Saint-Jean de Jéru-salem, levèrent le siège, après avoir perdu plus de 20,000 hommes.Le beyler-bey de Tripoli avait été tué d'un boulet à l’un des pre-miers assauts.
Soliman apprit avec douleur un revers qui contrastait si cruel-lement avec la conquête de Rhodes . Il survécut peu à ce chagrin.
La guerre venait de se rallumer en Hongrie ; pour la dernièrefois, il se mit à la tête de ses armées et vint assiéger Szigeth. Lecommandant de la place, le brave Zrini, voulut mettre dans sadéfense une pompe solennelle ; les remparts furent garnis de dra-peries rouges, ainsi que pour une fête, et la tour fut recouverteextérieurement de plaques d’étain brillantes comme de l’argent.Mais le sultan ne devait pas voir la chute de la ville qu’il assié-geait; il expira sous ses murs des suites d’une dyssenterie, suivanLles uns, d’une attaque d’apoplexie, suivant les autres (6 septembre1566). Sa mort demeura secrète pendant trois semaines, ce quidonna le temps à l’armée assiégeante de prendre Szigeth et à sonfils Selim, d’arriver à Constantinople et de s’y faire proclamer.
Soliman était âgé de soixante-quatorze ans ; il en avait régnéquarante-huit. C’est un des souverains les plus remarquables de larace d’Osman ; outre la gloire militaire, il mérite celle du législa-