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LA TURQUIE PITTORESQUE.
teur, il est l’auteur du code appelé Kanoum-Nameh ; les beauxmonuments d’architecture qu’il éleva, parmi lesquels la mosquéequi porte son nom, la Solymanieh, brille au premier rang, et leshommes célèbres qui vécurent sous lui, rehaussent encore l’éclatde cette grande période. Les chrétiens eux-mêmes, rendant jus-tice à leur formidable ennemi, l’ont appelé Soliman le Magnifique .
Et cependant, quelque éblouissante que soit cette gloire, c’està partir du règne de Soliman que commencent à se montrer lespremiers symptômes de la décadence des Ottomans . Un écrivainturc en assigne, avec la plus grande justesse, les causes princi-pales : l’habitude toute asiatique, contractée par Soliman sur la finde ses jours, de ne plus présider en personne le divan, afin de célerà tous yeux profanes sa grandeur souveraine ; la vénalité descharges passée en principe ; le pouvoir toujours croissant desvizirs et des favoris ; l’énervante influence du harem; et surtoutla loi qui interdisait aux princes du sang impérial le commande-ment des armées.
Cette loi avait pour objet de prévenir les révoltes ; elle eut pourrésultat de rendre les sultans complètement incapables de régner.Comment des princes qui n’avaient vécu que dans le sérail, aurégime abrutissant de l’oisiveté, loin des affaires publiques, au-raient-ils pu avoir les lumières et l’ascendant nécessaires pourexercer la suprême autorité? Quel plus déplorable spectacle quecelui de la puissance absolue mise tout à coup aux mains d’unhomme que l’on s’est- appliqué à en rendre indigne !