comme les anciens triomphateurs romains, et Pie Y appliquaà don Juan d’Autriche ces paroles de l’Évangile : Fuit homomissus à Deo, cui nomen erat Joannes.
Quant au sultan, il resta trois jours sans prendre de nourriture,prosterné le visage contre terre et s’humiliant sous le bras deDieu .
Quelque temps après, l’ambassadeur de Venise parut à l’au-dience du grand vizir avec une pompe inaccoutumée : « Tu vienste réjouir de notre défaite, lui dit le ministre, mais tu ne nousas coupé que la barbe, et la barbe repousse ; nous, en te prenantChypre , nous t’avons coupé le bras, et je te défie de le faire re-pousser. »
Grâce à l’activité prodigieuse du vizir et aux immenses res-sources qu’offrait l’empire, six mois après les pertes énormes dela marine étaient déjà réparées, tandis que la mésintelligence despuissances chrétiennes leur faisait perdre tout le fruit qu’elles au-raient dû retirer de leur glorieuse victoire. Voyant qu’elle ne pou-vait plus compter sur la coopération de ses alliés, Venise se vitcontrainte de conclure la paix avec la Porte et à des conditionsfort à l’avantage de celle-ci. Cependant don Juan s’emparait deTunis qui retombait au pouvoir des Ottomans (1574).
A la fin de la même année Sultan Selim mourut d’une fièvrecausée par un excès de vin. Ce prince, bien inférieur à sonillustre père, avait de bonne heure montré un penchant décidépour la dissipation et le plaisir; son sérail était toujours plein debouffons et de musiciens. Dès son avènement, il avait révoquél’édit de Soliman contre le vin, au grand scandale des musulmansaustères ; et les courtisans imitaient si bien le maître sur ce pointque c’était un proverbe de se demander si l’on achetait son vin