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La Turquie pittoresque : histoire, moeurs, description / par W. A. Duckett ; préface par Théophile Gautier
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PITTORESQUE.

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bite du fleuve emporte le pont et presque toute l’armée ottomane est engloutie dans les flots. Un corps de six mille hommes qui, placéà la tête du pont, protégeait le passage, demeure alors isolé et estentièrement détruit. La terreur s’empare du reste de l’armée, quiregagne le Danube à marches forcées, et la garnison de Choczimévacue la place où le général russe entre quelques heures après.

C’était au hasard, et non aux combinaisons stratégiques duprince Galitzin, que les armes russes étaient redevables de ce pro-digieux succès. Néanmoins, ils firent germer dans l’esprit de l’ambitieuse Catherine les plus vastes desseins •, elle se crut appelée àrenverser l’empire des Osmanlis et à rejeter en Asie « ces barbaresqui souillaient l’Europe, » comme le lui écrivait Voltaire quel-ques mois plus tard.

Secondée dans ses vues par le maréchal Munnich, aussi habilediplomate que bon capitaine, elle résolut de réveiller, dans le cœurdes Grecs, cet amour de la liberté qui avait enfanté tant de pro-diges parmi leurs glorieux ancêtres.

Un lien commun unissait aux Russes tous ces peuples d’origine,de mœurs et de langues differentes soumis à l’autorité de la Porte,c’était la foi religieuse. Tous étaient chrétiens, professant lesdogmes de la communion grecque ; c’était même de ces peuplesdégénérés et dégradés par plusieurs siècles d’esclavage, que lesMoscovites, depuis si peu de temps admis au concert européen etdéjà si formidables, avaient jadis reçu les dogmes du christianisme.

Ainsi les Yalaques, les Moldaves, les Serbes, les Bulgares, leshabitants de l’Epire, de l’Attique, de la Thessalie, du Péloponèse devaient accueillir avec empressement des chrétiens, des frères,qui viendraient les délivrer du joug des infidèles.

Comptant sur ces sympathies, Catherine songea à organiser le