210 x’ E L O G E
la Religion Chrétienne semblé s’accorderparfaitement avec la Folie , & n’avoir nulrapport avec la Sagesse. Comme c’est-là unvrai Paradoxe , je ne veux point en être cruefur ma parole , & je viens aux preuves. Pre-mierement, les jeunes gens , les vieillards ,les femmes & les sots prennent plus de plai-sir que les gens fenfez aux sacrifices , & auxautres cérémonies de l’Eglife , ce qui saitqu’ils tâchent de s’approcher de l’Autel le plusprès qu’ils peuvent. Et qui leur donne, je vousprie , ce zélé & cette dévotion ? I/impressiontoute machinale de la Nature. En second lieu,les fondateurs de la Religion Chrétienne , quifaifoient profession d une simplicité merveil-leuse , étoient les ennemis déclarés de I étudedes Belles - Lettres. Enfin il n’y a point defous qui paroissent porter plus loin l’extrava-gance, que ceux qui fe font livrés tout entiers& avec ardeur à la Piété Chrétienne : ils ré-pandent leur argent comme de l’eau ; ils mé-prisent les injures ; ils fe laissent tromper ; ilsne mettent aucune différence entre les amis &les ennemis ; la volupté leur fait horreur j,1 abstinence , les veilles, les larmes, les tra-vaux , les outrages semblent les nourrir ; ilsont un grand dégoût pour la vie, & une gran-de impatience de mourir ; enfin on diroie