DE L’ART DRAMATIQUE. i5
du ton majestueux exclusivement admis dans latragédie française ; car il est impossible de faireconnoître les défauts et les qualités d’un homme,si ce n’est en le présentant sous divers rapports;le vulgaire dans la nature se môle souvent ausublime , et quelquefois en relè\e l’efïèt : enfin,on ne peut se figurer l’action d’un caractère quependant un espace de temps un peu long, etdans vingt-quatre heures il ne sauroit être vrai-ment question que d’une catastrophe. L’onsoutiendra peut-être que les catastrophes con-viennent mieux au théâtre que les tableauxnuancés ; le mouvement excité par les passionsvives plaît davantage à la plupart des specta-teurs que l’attention qu’exige l’observation ducœur humain. C’est le goût national qui seulpeut décider de ces différents systèmes drama-tiques; mais ce qui est juste., c’est de reconnoîtreque , si les étrangers conçoivent l’art théâtralautrement que nous, ce n’est ni par ignorance,ni par barbarie, mais d’après des réflexions pro-fondes et qui sont dignes d’être examinées.
Shakespear , qu’on veut appeler un barbare,a peut-être un esprit trop philosophique , unepénétration trop subtile pour le point de vue dela scène ; il juge les caractères avec l’impartia -