73
« île, tant qu’il ne s’agissoit que de faire des« heureux : mais voici la tâche cruelle imposée« par le devoir royal, et je me sens incapable de« l’accomplir. »
A ce mot Burleigh interrompt Elizabeth etlui reproche tout ce dont elle veut être blâmée,sa foiblesse, son indulgence , sa pitié : il semblecourageux, parce qu’il demande à sa souveraineavec force ce quelle désire en secret plus quelui-même. La flatterie brusque réussit en géné-ral mieux que la flatterie obséquieuse , et c’estbien fait aux courtisans, quand ils le peuvent,de se donner l’air d’être entraînés dans 4e mo-ment où ils réfléchissent le plus à ce qu’ilsdisent.
Elizabeth signe la sentence, et seule avec lesecrétaire de ses commandements, la timidité defemme qui se mêle à la persévérance du despo-tisme lui fait désirer que cet homme subalterneprenne sur lui la responsabilité de l’action qu’ellea commise : il veut l’ordre positif d’envoyer cettesentence , elle le refuse, et lui répèîe'qu’il doitfaire son devoir ; elle laisse ce malheureux dansune affreuse incertitude, dont le chancelier Bur-leigh le tire , en lui arrachant le papier qu’Eliza-beth a laissé entre ses mains.