DE B A R B A R I E. L iv. XXI. Chap. II. 24$bride il se cassa la tête dans un Bois d’orangers. Hamet , un de ses neveux, Sectïôi»Bacha de Maroc, se fit proclamer Roi , pendant que son frere en faifoit III.autant à Tafilet. Mais Muley Ismaël , l’autre fils de Muley Chéris ôc frere tíijlmrade Muley Archi , trouva moyen de se défaire de ces deux Concurrens, de fe ^ s H ierissrendre maître de l’Empire, & de fe rendre plus grand, plus puissant & plus — aroc *riche qu’aucun de ses prédécesseurs.
Muley lsmacl, non moins fameux en Europe qu’en Afrique par fa p 0 - Mule ylitique ik ía cruauté, & ce qui peut paroicre étrange, & même formelle- ífmael.ment contradictoire, par son zele pour fa Religion, & par son exactitude 1672.à l’observer (*), commença à regner en 1672. Avant ce tems-là il vécutcomme un particulier dans Mequinez, qui n’étoit alors qu’un Château, àdouze lieues de Fez, mais dans l’endroit le plus agréable & le plus fertile deBarbarie. Là il s’occupoit à cultiver la terre, & comme il aimojt beaucoupl’argent il s’appliqua aussi au Commerce. La belle situation de Mequinez l’en-gagea, après qu’il fut monté fur le trône, à en faire fa principale résidence& la Capitale de son Empire ; dans cette vue il y fit faire quantité de beauxédifices, mais il en fit aussi abattre plusieurs pour rebâtir en d’autres en-droits , en forte qu'on dit que s’ils fubsistoient, ils formeroient une ruecontinue jufqu’à Fez. Mais il difoit qu’il faifoit bâtir & abattre ainsi pourtenir ses sujets occupés ; car, ajoutoit»il, quand je tiens un panier plein derats, ils le rongeroient pour en sortir, si je ne les tenois dans un mou-vement continuel.
II est vrai qu’à cet égard, comme à tous les autres, il traitoit ses sujets Cruel, ».comme autant de bêtes, de la vie & des biens defquels il diípofoit arbi - vare &traitement. Souvent il coupoit la tête aux uns, tuoit les autres d’un coupde fusil pour montrer son adresse. Du reste il chargeoit les autres de tantd’impôts & de travaux, qu’ils étoient plus à plaindre que ceux à qui il fai-foit perdre la vie. II étoit si avide d’amasser des trésors, dont son avaricesordide ne lui permettoit pas de fe servir, qu’il accabloit tous les jours sespeuples de nouvelles taxes, fans faire aucune dépense pour sa maison nipour ses armées. II obligeoit les Maures à servir à leurs dépens, fans leur
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(*) II étoit si rigide Mahométan, qu’il ne voulut jamais durant tout son régné hoi-rs ni vin ni liqueur forte. 11 observoit régulièrement le Ramadan,ou le Carême, du-rant quatre mois avec une austérité extraordinaire , & n’étoit pas moins exact auxablutions, aux prières ordinaires, & aux autres rites de fa Loi. II n’entreprenoit ja-ttais rien d’important fans s’être prosterné longtems par terre, pour demander les lu-mières & le secours de Dieu, fermement persuadé que Mahomet ne manqueroit pasde les obtenir pour lui, en forte que quelque fût le résultat de ses dévotions, i! croyoitfermement que c’étoit par la direction de ion Prophète qu’il avoit agi.
Toujours prompt à faire justice, il 1 administré avec beaucoup de rigueur & d’im.partialité, mais souvent il se laiffoit aller à des excès inouïs. En voici un exemple- Unpauvre Fermier Berebere, s’étant plaint à lui que quelques-uns de ses Negres, à quil’on favoit bien qu’il ne donnoit pas grand’ chose, lui avoientvolé une couple de bœufs,qui faîfoient toute fa richesse Muley ífmael fit passer toute fa Garde Negre en revue, ti-rant fur tous ceux que le Fermier lui indiquoic. Lui ayant ensuite demandé quel dé-dommagement il lui donneroit pour tant de bons hommes, le pauvre Berebere ne fut que^pondre, & là-dessus ífmael lui fit subir le même sort qu’aux voleurs (i>
st) IiislOty of Barbary, Scc.
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