PRELIMINAIRES.
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C'est le moment le plus solennel de l’histoire. La France , monarchique de-puis quatorze siècles, vient d’opérer une réforme radicale dans sa constitution,dans ses lois. La royauté, impuissante à conjurer l’orage qui la menaçait, adisparu, emportée par la tourmente révolutionnaire.
La démocratie, une démocratie orageuse, lui succède, et par sa violenteénergie résiste à l’Europe coalisée.
Nous jetterons un voile sur les sanglantes saturnales qui ont signalé celteépoque, et nous nous bornerons à dire, au milieu de cette désorganisation deschoses passées et de cette réorganisation des choses nouvelles, ce que devintl’armée, cette armée sous les drapeaux de laquelle, selon l’expression de M. deChateaubriand, s’était réfugié l'honneur français .
Cent cinquante mille Prussiens, Autrichiens et Piémontais et vingt milleémigrés parurent en armes à la fois sur le Rhin , la Moselle , au sommet desAlpes , au haut des Pyrénées . La France se leva debout contre l’Europe . Chaquehomme devint soldat.
Brunswick avait jeté à la face de la nation française cet insolent manifeste :
« Je viens les armes à la main relever le trône, l’autel, et détruire l’anarchie.«Les alliés puniront comme rebelles tous les Français , sans distinction, qui« combattront les armées étrangères; ils seront individuellement responsables« s’ils ne s’opposent pas aux attentats des révolutionnaires contre le roi et sa« famille. Toutes les autorités constituées, fous les citoyens, seront punis de« mort, et toutes les villes et villages seront frappés d’exécution militaire et de« pillage en cas de résistance et de désordre. »
La Convention répondit à ce manifeste par ce décret qui présente un carac-tère antique :
« Article 1 er . Les jeunes gens iront au combat, les hommes mariés forgeront« les armes; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les liô-« pitaux; les enfants mettront le vieux linge en charpie, les vieillards se feront« porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers.
«Art. 2. Les maisons nationales seront converties en casernes, les places« publiques en ateliers d’armes, le sol des caves lavé et lessivé pour en extraire« le salpêtre.
« Le bataillon qui sera organisé dans chaque district sera réuni sous une« bannière portant cette suscription :
« Le peuple français debout contre la tyrannie. »
Aussitôt, dans les cités, dans les villages, dans les hameaux, tout s’émeut,tout s’empresse, tout s’assemhle et demande l’honneur de repousser les légionsétrangères qui ont envahi la France.Des armées s’improvisent.des ré-
giments se forment en présence... ou plutôt sous le feu de l’ennemi, par l’amal-game d’un bataillon des vieux régiments avec deux bataillons de volontairesqui accourent de toutes parts, et bientôt les ossements des soldats de la coalitionblanchissent les plaines de la Champagne et les défilés de l’antique forêtde l’Argonne.
tome î. 2