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HISTOIRE DE L’AKMÉE
lerie contre l’infanterie espagnole ; mais voyant le mauvais succès de l’attaquedu maréchal de l’Hôpital, il s’ctait arrêté et s’était contenté d’entretenir unelégère escarmouche, attendant que la victoire se fût déclarée pour l’une oul’autre cavalerie (1).
Condé cependant avait tout brisé, tout rompu aux ailes de l’armée espagnole ;mais il restait à vaincre cette fameuse infanterie qui formait une masse pro-fonde, soutenue par dix-huit pièces de canon, et paraissant invincible. Aussiforte, aussi serrée que la phalange ennemie si estimée, mais s’ouvrant avecune agilité que la phalange n’avait pas pour laisser passer les décharges del’artillerie qu’elle avait au milieu d’elle, elle restait immobile au milieu de cechamp de bataille. Condé l’attaqua avec sa cavalerie, mais trois charges suc-cessives qu’il dirigea lui-même furent inutiles; il ne put rompre ces muraillesvivantes : car les bataillons espagnols présentaient sans cesse aux escadronsravagés par les décharges de ses canons un front hérissé de piques et demousqueterie. Enfin, il fit avancer sa réserve, à laquelle se joignirent plusieursescadrons de Gassion, et cette fois l’infanterie, enveloppée de toutes parts,chargée avec une fureur, une impétuosité nouvelle, fut enfin brisée, rompue,éventrée. Les ennemis, dit-on, demandèrent quartier. Le duc d’Enghien,s’étant avancé pour parler aux officiers, reçut, une décharge de mous-queterie que des soldats espagnols tirèrent sur lui, croyant qu’il revenait àl’attaque.
Les soldats français , irrités à la vue du péril qu’avait couru le prince, char-gèrent sans ordre, entrèrent l’épée à la main au milieu du bataillon et enfirent un grand carnage.
A peine victorieux, le prince arrêta le carnage. Les officiers espagnols sejetaient à ses genoux, pour trouver auprès de lui un asile contre la fureur dessoldats vainqueurs. Le duc d’Enghien eut autant de soin de les épargner qu’ilen avait pris de les vaincre. Le vieux comte de Fontaine, qui commandaitcette infanterie espagnole, et qui, tourmenté de la goutte, se faisait porter enchaise au milieu du massacre et du carnage, mourut percé de coups. Condé,en l’apprenant, dit qu’il voudrait être mort comme lui s’il n’avait pas vaincu.
Les Espagnols perdirent neuf mille hommes tués ou pris et vingt pièces decanon. Un des chefs de l’armée française ayant demandé à un officier espagnolcombien ils étaient avant la bataille : II n’y a qu’à compter, répondit-il fièrement,les morts et les prisonniers.
Cette journée célèbre, qui entourait de tant de gloire le règne naissant deLouis XIV et commençait pour la France une ère nouvelle de grandeur mili-taire, était due tout entière au génie de Condé. Il la gagna, dit Voltaire , parce coup d’œil qui voyait à la fois le danger et la ressource, par cette activitéexempte de troubles qui le portait à propos dans tous les endroits. Dès ce jourla gloire des armées espagnoles disparut, Pavie et Saint-Quentin venaientd’être vengés noblement.
(1) Quincy.