75
Alors la troupe se sépare en pelotons, qui, sans s’ébranler, tirent sur cetle ca-valerie. Le colonel y périt avec trente officiers, mais sans que le régiment perdîtun pouce de terrain. Les balles manquant à quelques soldats, ils arrachaient lesboutons de leurs habits pour y suppléer ; et au lieu de dépouiller les alliés quisont tués, ils se contentaient de prendre leur poudre, dont ils commençaient àmanquer. On vit des tambours quitter leurs caisses pour charger. Enfin le ré-giment fut presque détruit sans pouvoir être forcé.
Un caporal de ce même régiment, ayant eu un bras emporté à la tranchée deMilan , secourut de celui qui lui restait le fils de son major blessé, le conduisit,le porta de son mieux jusqu’au dépôt, et, lorsqu’il y fut rendu, il ne voulut ja-mais souffrir qu’on lui mît d’appareil qu’il n’eût vu panser auparavant son jeuneofficier.
Pendant le siège de Montmélian par les Français en 1C91, le maréchal deCatinat , qui voulait savoir si le fossé de la place était taillé dans le roc vif, ous’il était seulement revêtu de maçonnerie du côté du glacis, faisait descendrepour s’en assurer un soldat dans un gabion avec une corde. Mais un si grandnombre de braves gens avaient péri dans cette commission dangereuse, que per-sonne ne se présentait plus pour la tenter. Un jeune soldat du régiment de laFarre eut seul cette audace. «Comment t’y prendras-tu, lui dit le maréchal deCatinat , pour connaître si c’est maçonnerie ou roc?—Je le verrai bien, répon-dit-il, par la fenêtre du gabion, en sondant avec la pointe de ma baïonnette. »On le descend dans le fossé; il en revient heureusement et rend un tres-boncompte de ce qu’on a si grand intérêt à connaître. «Que veux-tu pour ta ré-compense? lui dit ce général.—Je vous demande en grâce, monseigneur, ré-pondit-il, de me faire entrer dans la compagnie des grenadiers. »
Le prince d’Orange fut battu, à Nerwinde, par le maréchal de Luxem-bourg . Dans la chaleur de l’action, ce général, voyant revenir du combatun soldat aux gardes qui avait quitté son corps, lui dit d’un ton mena-çant : « Où vas-tu?—Je vais, mon général, répondit le soldat en ouvrantson habit pour faire voir sa blessure, je vais mourir à quatre pas d'ici. »
M. de Villars, n’ayant encore que le grade de colonel, avait reçu en 1GG7le même tribut de louanges.
Il rentrait dans son camp après une action très-meurtrière; le premier objetqui s’offre à lui, c’est un soldat de son régiment qui, blessé d’un coup d’épéeau travers du corps, se retirait presque expirant : « Êtes-vous content demoi, mon colonel? dit le brave homme, » et sa tête retomba sur sa poitrinepour ne plus se relever.
Après la malheureuse affaire de Plaisance, en 174G, Asti tomba au pouvoirdes Impériaux. Tous les postes français de la gauche du Pô furent forcés dese replier. Dans cette retraite précipitée, on oublia un hôpital de deux centsmalades établi à Castel-Alfieri. Parmi les convalescents se trouvait un sergent