ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 107
taillons et de vingt-huit escadrons également protégés sur les deux ailes; à laseconde se trouvaient seulement huit bataillons, mais autant de cavalerie. Cinqescadrons furent placés entre les deux lignes, derrière l'infanterie de la pre-mière. Deux bataillons et six escadrons formaient la réserve. Tous les esca-drons étaient entremêlés de pelotons d’infanterie qui les soutenaient. Surl’ordre de Turenne on marche vers le bois ; on attaque, on enfonce deux corpsde cavalerie qui en défendaient rapproche. Les dragons s’y jettent sous laconduite du chevalier de Boufllers. Cinq cents mousquetaires l’y suivent. Lecombat devient terrible. Tour à tour on gagne et on cède du terrain. Unegrosse pluie d'orage vient tout à coup suspendre la fureur des combattants.On s’arrête de part et d’autre; mais enfin la pluie cesse, le carnage recom-mence avec plus de force. Boufllers fait mettre pied à terre à ses dra-gons. Ces intrépides soldats affrontent six pièces de canon tirant à car-touches; ils franchissent des abatis d’arbres, escaladent les retranche-ments, chargent les ennemis l’épée à la main; ils les foudroient avecleur propre artillerie, dont ils se rendent maîtres et qu’ils tournent con-tre eux. L’action est très-sanglante, Turenne et Bournonville envoientchacun des corps nombreux pour soutenir les combattants. Durant quelquesheures la victoire est balancée. On se charge avec furie dans les vides du bois.Les ennemis se retirent d’arbre en arbre. On forme une nouvelle attaque àchaque pas. On se presse corps à corps. Le péril est à son comble, et le succèsincertain! Turenne vient partager le danger; sa présence fixe la foftune.Tout fuit, tout se disperse; les Français sont maîtres du bois, et poursuiventles vaincus jusqu’au village d’Ensheim ; Bournonville les y attendait avec desforces supérieures. Il fond le premier sur le corps de bataille. On le reçoitavec l’intrépidité que la victoire ajoute au courage. Il se retire. Le comte deCaprara se jette à son tour sur l’aile droite avec les cuirassiers de l'Empe-reur, qui n’avaient point encore combattu. La première ligne française,déconcertée, se replie sur la seconde; celle-ci se précipite sur le corps deréserve qui s’avance pour la soutenir, et l’ébranle. Les Impériaux les pressentde toutes parts; ils triomphent après avoir été vaincus. La frayeur saisittous les esprits dans l’armée française. Les valets se sauvent vers les bagages.Ceux qui les gardaient prennent la fuite avec eux. Tout était perdu. Lescomtes de Lorges et d’Auvergne paraissent dans ce moment, arrêtent les en-nemis et rétablissent le combat. Les Allemands, étonnés à leur tour, reculentpas à pas, mais se défendent avec vigueur, jusqu’à ce qu’enfin, rompus detoutes parts, ils cherchent leur salut sous les fortifications d’Ensheim, aprèsun combat de dix heures où ils avaient perdu trois mille hommes, trentedrapeaux ou étendards, dix canons, et une partie de leurs bagages.—Lavictoire coûta la vie à deux mille Français .
En Flandre , Condé, de son côté, livra à Senef une sanglante bataille, maissans résultat décisif. C’est une étrange action de guerre que cette journéede Senef, que Feuquières appelle un combat, et qu’on a surnommée plusjustement une échauffourée.