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Tome second.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 149

Cette affaire deLuzara, dont les deux partis s’attribuèrent la victoire, faitd’armes impétueux mais irrégulier, fut livrée le 15 août.

Vendôme avait coutume de marcher à l’avant-garde avec un fort piquetde grenadiers et de dragons et dix pièces d’artillerie. Il s’était mis en mou-vement pour s’emparer de Luzara. Arrivé devant le château, il prit les pré-cautions nécessaires, disposa ses pièces pour maintenir la garnison, puis seporta en avant pour préparer le campement de son armée qui suivait. Leprince Eugène, toujours bien servi par ses espions, s’était éloigné des bordsdu Seraglio, où on le croyait encore occupé, avait repassé le Pô, et s’étaitplacé entre ce fleuve et le canal de Zéro, si bien caché que personne ne l’a-vait découvert. Il avait compté que l'armée française, en arrivant à son cam-pement, commencerait par poser les armes pour bivouaquer; que lacavalerieirait au fourrage, l’infanterie à la paille et à l’eau. C’est ce moment qu’il de-vait saisir pour attaquer l’armée française, pensant qu’ainsi il s’empareraitdes armes en faisceaux, des chevaux au piquet, et qu’il aurait ainsi beau jeude l’armée française. Un officier, monté par hasard sur une digue du Zéro,aperçut la pointe des armes des Autrichiens rangés en bataille tout près del’armée française. Vendôme , averti à temps, disposa rapidement ses faiblestroupes d’avant-garde, puis rangea successivement les parties de l’armée àmesure qu’elles arrivaient, et repoussa ainsi victorieusement l’attaque duprince Eugène. Il fut vainqueur, puisqu’il s’empara de Luzara. Cette victoireeut un résultat plus décisif encore; car, dès ce moment, le prince Eugèneresta sur la défensive, le Milanais fut préservé, la ligne du Pô conservée, etle duc de Savoie n’osa se déclarer immédiatement pour la coalition.

Au nord de la monarchie, les hostilités avaient également commencé. D’a-près un plan de campagne longtemps concerté, Louis XIV , poursuivi par sesidées de défense passive, imagina, pour couvrir la Flandre , de faire con-struire, d’Anvers à la Meuse , des lignes de retranchements qui comptaientsoixante-dix lieues de développement. Ces lignes, flanquées par des redouteset des redans armés de canons, devaient être soutenues par le camp d’Argen-tière, qui possédait cinquante pièces d’artillerie, et par un petit corps detroupes mobiles ayant un parc de dix pièces. Quand la guerre fut déclarée,les généraux reconnurent la faiblesse d’une position si étendue et si peu sou-tenue. Aussi le maréchal de Boufflers se décida à sortir de ces lignes et àmarcher aux ennemis quand ils avanceraient.

L’armée d’Allemagne avait été confiée au maréchal de Catinat , à son re-tour de famée d’Italie . Il avait sous ses ordres le maréchal de Villars, bouil-lant guerrier, plein de feu et de hardiesse, qui s’était élevé à sa haute positionmilitaire par son indomptable vaillance, la promptitude de son coup d’œilet l’éclat de ses actions. Villars avait quarante-neuf ans. L’homme qui devait,quelques années plus tard, préserver la France de sa ruine, était alors, pourainsi dire, disgracié. Louvois le haïssait; Barbezieux , son fils, avait hérité desa haine pour Villars, et Louis XIV lui-même le voyait avec peine. Villars étaitentré â dix-sept ans dans les chevau-légers de la garde. 11 s’était distingué