ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 22.“»
Le cabinet de Saint-James en fut instruit et ne tarda pas à déclarer laguerre à la France. Alors une foule de jeunes gens passèrent en Amérique pour aider les insurgés et faire, dans le nouveau monde, l’apprentissage dumétier des armes. Cette guerre, fertile en petits combats, offre peu d’événe-ments décisifs. Les Américains , inexpérimentés dans l’art militaire, fai-saient la guerre de partisans, la seule qui convienne à des troupes nonexercées contre des troupes aguerries et disciplinées. Washington , chefà la fois civil et militaire, ayant formé une armée régulière, fut vaincudans ses premières rencontres avec les Anglais . Toutefois, les militaires in-struits admirèrent les belles manœuvres de Trinton et de Princetown. C’esten1777 que Washington , avec 11,000 hommes, passa la Delaxvare et vint camperprès de Philadelphie, pour défendre cette capitale contre l’armée anglaise .C’est là que vint le rejoindre un Français qui devait se faire un nom célèbredans cette guerre, le jeune de Lafayette, officier au régiment de Noailles.Voici en quels termes il décrit l’armée de l’indépendance : « Onze mille hom-mes environ, médiocrement armés, plus mal vêtus encore, offraient un spec-tacle singulier. Dans cet état de bigarrures, et souvent de nudité, les meilleursvêtements étaient des chemises de chasse, larges vestes de toile grise usitéesdans la Caroline. Quant à la tactique, il suffit de dire que pour qu’un régi-ment en bataille, de pied ferme, gagnât du terrain sur la droite de son ali-gnement, au lieu de rompre simplement à droite, la gauche commençait uneéternelle contre-marche. Toujours sur deux rangs, les petits hommes étaientau premier ; à cela près, on n’observait point les rangs de taille ; malgré cedésavantage, on voyait de beaux soldats conduits par des officiers zélés. Lavertu tenait lieu de science, et chaque jour ajoutait à l’expérience et à la dis-cipline. Lord Sterling, plus brave que judicieux; un autre général, souventivre, Greene, dont les talents n’étaient encore connus que de ses amis, com-mandaient en qualité de majors généraux. Le général Knox y était aussi, qui,dans le même temps, s’étant fait de libraire artilleur, avait formé d’autres of-ficiers et créé une artillerie. »
Telle était l'armée américaine, et devant elle se trouvait l’élite des troupesanglaises. Mais tel était le patriotisme dont étaient animés les volontairesaméricains , qu’ils suppléaient à l’instruction par la bravoure, et confon-daient par la hardiesse de leurs attaques la tactique des généraux anglais .Embusqués derrière les arbres de leurs vastes forêts, suspendus dans les ra-vins, ils surprenaient les corps détachés ou harcelaient dans leur marche lessoldats de la Grande-Bretagne, leur disputaient les gorges, les arrêtaient aupassage des fleuves, et leur tuaient un grand nombre de soldats. Mais bientôtles généraux anglais parvinrent à se rapprocher de la capitale. 11 fallut alorsmanœuvrer en plaine pour protéger la ville ouverte, et confier aux chancesd’une bataille les destinées américaines. Les Américains furent vaincus ; Phi-ladelphie tomba au pouvoir des Anglais, et l’on crut en Europe que c’en étaitfait de l’indépendance du nouveau monde. C’est dans ces circonstances qu’uneflotte française parut sur les rives du Delaware et changea les destinées de la
n. 20