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Tome second.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 259

libérations de l’assemblée, qu’il ne put s’empêcher de dire au roi : Je vois iciune belle aimée, mois oh est l’ennemi? C’était une sanglante critique des pro-jets de la cour. Aussi le maréchal fut-il dès ce moment en état de suspicion.On le conserva néanmoins dans son commandement, mais on ne lui confiaaucun plan, et l’on prit les dispositions sans le consulter. Telle fut la con-duite du chef de l'armée française au début de la révolution. Voyons quellefut celle de l’armée elle-même.

La cour continuait à s’aveugler sur l’esprit des troupes, en se flattant qu’onles déterminerait à combattre le peuple. On cachait au roi la correspondancedes généraux-les plus dévoués et des plus sages intendants de province. Ce-pendant cette correspondance était de nature à éclairer les plus incrédules.Aussi le marquis de Bouillé, commandant la quatrième division militaire àMetz , écrivait au roi : « Votre Majesté a mis sous mes ordres cent vingt ba-« taillons et quatre-vingts escadrons. De toutes ces forces, je ne puis faire agir« que cinq bataillons de troupes étrangères; tous les soldats français sont dis-« posés à s’insurger. »

On méprisa ces avis, et l’on revint à l’idée déjà abandonnée une fois deconcentrer des troupes autour de Paris . Les habitants, avertis de ces rassem-blements, vérifiaient les rapports alarmants qu’on faisait à ce sujet et les exa-géraient encore. On ne pouvait sortir des barrières sans rencontrer des déta-chements de soldats. On eût dit que le siège de la ville allait commencer.Bientôt on vit des régiments camper à l’École militaire, au champ de Mars ,et même dans l’avenue des Champs-Élysées .

L’intention des conseillers du roi ne saurait être douteuse : on voulait faireusage des baïonnettes contre le peuple ; mais qu’espérer des soldats, malpayés, mal commandés, las de l’insolence de leurs- officiers, et souffrant desdilapidations de leurs administrateurs. A peine en contact avec le peuple, cessoldats firent cause commune avec lui. Au reste, tout porte ce cachet d’incer-titude et d’incurie, nous dirions volontiers de fatalité qui présidait aux dis-positions du gouvernement. L’approvisionnement de ces troupes, qu'on vou-lait gagner à la cause de la royauté, avait été négligé. Le pain de munition,depuis leur arrivée à Paris , n’avait été fait qu’avec des farines de rebut:il était très-mauvais. Les habitants montraient à leurs hôtes le pain blancqu’ils mangeaient, et la comparaison donnait lieu à d’horribles idées surles déprédations de l’administration militaire. Le fourrage manquait égale-ment pour la cavalerie. L’habillement avait été aussi négligé. La marche ra-pide que les troupes venaient de faire avait détérioré une partie des effets, etl’on ne pouvait les renouveler. Les soldats déguenillés étaient sensibles auxhumiliations que leur attirait leur dénùment. Ils en accusaient la cour elle-même. Quant aux approvisionnements de guerre, on n’y avait même paspensé. Et c’est avec de tels éléments qu’on voulait gagner l’armée et maîtri-ser la nation.

Le camp formé au champ de Mars était aussi une faute ; il était mal placé ;il aurait fallu l’établir assez près de Paris pour s’y porter en peu de temps,