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HISTOIRE DE L’ARMÉE
les habitants. Le commandant Lavergne, avec une garnison de 1,800 hom-mes, soixante-douze pièces de canon et des approvisionnements de toute es-pèce, eut la faiblesse d’écouter les conseils des magistrats et des citoyens :il ouvrit ses portes aux Prussiens le 23 août.
La garnison sortit le même jour avec les honneurs de la guerre, mais elleresta prisonnière. Fiers de ce premier succès et de laprise d’une place qui leurdonnait un point d’appui du côté du Luxembourg , les alliés bloquèrent Thion-ville et se portèrent sur Verdun, place du troisième ordre sur la Meuse (1).C’est ici surtout que la conduite du général de l’armée ennemie commence àdevenir un problème pour les historiens. Le plan de Bouillé était de laisserdes corps d’observation devant ces deux places, de marcher rapidement surles corps désorganisés du général de Lafayette et du maréchal Luckner , deles écraser et de se diriger ensuite en toute hâte sur Paris . Le duc de Bruns-wick suivit un plan tout opposé. Sa marche sur Verdun fut lente et mé-thodique. Les étapes furent fixées avec une rigoureuse exactitude. 11 mit dixjours pour arriver de Longwy à Verdun . Les fortifications delà ville étaienten mauvais état ; mais il y avait là une garnison de 5,000 hommes, com-mandée par l’intrépide Beaurepaire, et parmi les troupes le jeune Marceau,dont le nom devait obtenir en peu de temps une si héroïque illustration. Laformidable artillerie prussienne, admirablement dirigée par le colonel Tem-pelhof, ouvrit le feu contre la place le 31 août, pendant la nuit, et dura deuxjours. Les bombes, en éclairant de leurs sombres lueurs les places publiqueset les rues de Verdun , y portèrent la consternation et l’effroi. Les habitantsdemandèrent à capituler. En vain Beaurepaire et Marceau essayèrent de leurmontrer la possibilité d’une défense honorable. Us ne voulurent rien enten-dre, et les ponts-levis de la place s’abaissèrent devant les soldats de la coali-tion. Le noble Beaurepaire, commandant du 1 er bataillon de volontaires na-tionaux du département de Maine-et-Loire , se brûla la cervelle en pleinconseil, pour ne pas signer la capitulation. Héroïque exemple de dévouementdonné aux défenseurs des villes françaises, dont la patrie eût dû perpétuer lesouvenir par un monument.
Pendant que les coalisés se déployaient ainsi sur nos frontières et avan-çaient au cœur de la France, le nouveau général en chef Dumouriez , qui avaitrésolu d’agir offensivement sur la Belgique , renonça à ses projets pour s’oc-cuper de la défense du territoire français . Sa position était loin d’être rassu-rante. Les armées françaises étaient disposées de la manière la plus malheu-reuse pour résister à cet imposant déploiement de forces ennemies. Troisgénéraux, Beurnouville, Moreton et Duval, réunissaient 30,000 hommes entrois camps séparés : Maulde, Maubeuge et Lille . L’armée que Lafayette ve-nait d’abandonner était à Sedan ; elle comptait 25,000 hommes. L’armée de
(1) La citadelle de Verdun était un pentagone irrégulier entouré d’une fausse braie avec descourtines couvertes par des tenailles et des demi-lunes en mauvais état. Les fortifications dela ville se composaient de dix bastions liés par des courtines mal couvertes et de plusieursouvrages à cornes et à couronnes sur les deux rives de la Meuse .