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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
parte, s'il parvenait à enlever cette ville. À peine arrivé en vue de la place, legénéral en chef se rendit sur une hauteur et examina avec attention les tra-vaux de défense. Saint-Jean-d’Acre était fortifiée à la manière du xu e siècle,avec des courtines flanquées de tours carrées. Tout autour, des soldats étaientcampés dans les jardins, retranchés dans les maisons, et au delà des murs îlel’ancienne ville, dans la rade de Kaïffa, deux vaisseaux anglais , le Thescus etle Tigre , balançaient sur leurs ancres, tournant vers le rivage leurs doubles ran-gées de canons, comme une menace et un défi. Un instant son front s’assom-brit; car il lui sembla reconnaître dans les travaux qui environnaient Saint-Jean-d’Acre la trace d’une main européenne; mais cette pensée s’effaça bientôt.Pendant que Bonaparte , pensif et immobile, embrassait l'horizon de son re-gard profond, l’armée était venue le rejoindre sur la hauteur où il l’avaitprécédée, et avait salué de ses acclamations la vue de cette ville célèbre où,disait-on, le féroce Djezzar-Paclia avait ses trésors et son sérail, et qu’on espé-rait enlever par un coup de main audacieux, comme Alexandrie, Gaza etJaffa . Mais Saint-Jean-d’Acre devait résister à toutes les attaques. Il y avaitdansses murs un ingénieur français, le colonel de génie Phelippeaux , ancien émi-gré, hommeVTun grand mérite, qui avait fait réparer la place et qui avait sousses ordres d’excellents pointeurs anglais . Il y avait dans la rade une escadreanglaise, et le féroce Djezzar, la terreur du Liban , était un homme de résolu-tion ; en outre, une armée turque réunie en Syrie s’avançait de Damas pourfranchir le Jourdain.
Bonaparte , après avoir reconnu la place avec les généraux Caffarclli etDommartin, décida que l’attaque aurait lieu sur le front à l’est de la ville,dont les deux côtés, baignés par la mer et flanqués par le feu des vaisseaux,rendaient très-difficile le développement des travaux. La tranchée fut ouverteimmédiatement. Malheureusement l’artillerie de siège, qui devait venir parmer d’Alexandrie, avait été prise par l’amiral anglais Sidney Smith. L’arméeétait donc réduite, pour toute artillerie de siège et de campagne, à une ca-ronade de 32 enlevée de vive force sur un des canots du Tigre , mais dont oune pouvait se servir avec l’affût du canon, quatre pièces de 12, huit obusierset une trentaine de pièces de 4; en outre, on manquait de bombes. Tous cesinconvénients disparurent bientôt. En vingt-quatre heures le parc d’artillerieconstruisit un affût. Quant aux boulets, Sidney Smith se chargea de nous enprocurer. A cet effet on faisait de temps en temps paraître sur le rivage quel-ques cavaliers et quelques charrettes; alors le commodore faisait un feu rou-lant de toutes ses batteries, et les soldats, à qui on donnait 5 sous par boulet,couraient les ramasser. Ils étaient tellement habitués à cette manœuvre, qu’ilsallaient les chercher au milieu de la canonnade et des rires unanimes. C'estainsi qu’on recueillit des boulets de 12 et de 32.
Le 23 mars, en quatre heures de temps, la caronade et les pièces de 12ouvrirent la tour; on jugea la brèche praticable, et l’assaut fut donné. Unecontrescarpe et un fossé arrêtèrent les assaillants. La contrescarpe avait quinzepieds et le fossé plusieurs toises. On fit aussitôt jouer la mine, mais l’effet deII. 57